Un fond de vérité

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Le récit s’encombre de « passages obligés ». Ils s’avèrent encombrants mais efficaces. Comme les clichés en somme. Toute narration fonctionne grâce à eux (comportements psychologiques, typologie de caractères ou réaction attendue) mais toute littérature prétend les réinventer.

Dans ce deuxième volet des enquêtes du procureur Théo Szacki, Miloszewski s’empare à nouveau (après l’ombre du communisme et les violences conjugales) d’un thème clairement identifié. Afin de montrer à quel point il le traite avec finesse, il choisit un passage obligé énorme et incontournable : l’antisémitisme polonais et son lien avec l’église catholique.

Le mythe sur lequel fonctionne l’intrigue m’a paru encombrant. Le sacrifice d’enfants chrétiens afin d’élaborer du pain azyme. Dans un roman récemment réédité, L’homme de Kiev, Bernard Malamud traitait avec une insurpassable délicatesse cet emballement collectif. Dans un renversement assez prévisible, Milo transforme ce passage obligé, ce « stéréotype » selon la postface de l’auteur en une fausse piste. Le procédé, pas léger, est habile. Avoir recours à une revanche après plusieurs générations semble douteux.

Un fond de vérité, bien sûr, offre un point de vue contradictoire sur la culpabilité ressentie par tout polonais   Au cœur du roman, la discussion avec le rabbin paraît un peu plaquée. Un rien théorique comme passage obligé.

Malgré cette réserve, le deuxième volume de cette trilogie m’a semblé le plus attachant. Le procureur, comme le veut le cliché, met à nu son humanité. Le troisième volume, La rage m’a paru d’une noirceur excessive. Une forme de confort abandonné par le procureur qui ici s’essaye à de rares moments de joie. Seul un peu d’enthousiasme permet de rendre compte de la cyclothymie sans grande signification qu’est notre existence. Miloszewski donne vie à son décor quand il en goûte les charme et perce l’aspect touristique de la ville de Sandomierz où se déroule l’action. Le regain bête du printemps.

L’autre passage obligé encombrant de ce roman est celui de la détermination d’un caractère national. Le polonais serait plaintif, ronchon face à l’échec généralisé de son pays. Le lecteur de polar, volontiers porté vers un exotisme bien balisé, goûte hélas ce type de cliché. Heureusement, le regard social ne se cantonne pas à ce type de réduction.

Un dernier passage obligé. L’enquêteur intrépide connaît des relations amoureuses différentes dans chaque tomes de ses aventures. C’est le cas ici. Malgré cette critique de principe, Miloszewski décrit avec acuité les sentiments de son personnage. En particulier la lassitude sexuelle et les ratages ordinaires de relations sans passions ou adultérines. À l’écart de l’intrigue, le polar saisi admirablement nos vies ordinaires. Miloszewski y est ici à son meilleur.

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