Anima Wadjdi Mouawad

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Dans ce roman, Wadjdi Mouawad donne la parole à la bestialité au fond de chacun de nous. À travers, le point de vue d’abord d’animaux divers et varié puis du chien qui accompagne le plus en plus monstrueux Wahhch Debch, nous assistons dans une plongée, à la lettre hélas, dans les entrailles de la tragédie. Ce paroxysme de passion, ce défoulement de violence a suscité chez moi peu de pitié et de terreur comme disait l’autre.

Reconnaissons à Wadjdi Mouawad la singularité d’une langue et d’un point de vue. Dans ce livre dont la violence, sérieuse parfois jusqu’au ridicule, il a sut parfaitement entremêler les discours, ce mélange de français et d’anglais propre à la langue québecoise dont jamais il n’abuse de l’aspect couleur locale.

Dès le début, le dispositif de narration m’a paru un peu voyant. Sans parvenir à cette froide objectivité d’Anatomie d’un soldat qui, par le récit d’une vie à travers ses objets, évitait l’écueil du lyrisme, Anima se concentre sur la bestialité. Chaque chapitre, toujours un peu trop court pour ne pas rendre cette fragmentation du récit un peu artificielle, adopte le point de vue d’un animal. J’avoue avoir été, stupidement, décontenancé par l’annonce de son nom latin qui retarde l’identification.

À l’énoncé du drame, ce dispositif m’a semblé fonctionné. Wahhch Debch retrouve sa femme poignardée et violée à l’intérieur de sa plaie. Le détail est horrible d’autant plus qu’il ouvre (pardon) à une certaine pesanteur symbolique. À la fin du récit, nous apprendrons que Wahhch Debch, à Sabra et Chatila a vu celui qu’il prend pour son innocent et salvateur père d’adoption pratiqué ce viol sur sa mère.

De Wadjdi Mouawad, je connais seulement l’adaptation filmique de son œuvre, Incendie. J’avoue que son dénouement m’avait fait rire. Je suis ton père, ton frère, ton violeur… Nous retrouvons ici ce qui se voudrait inspiration tragique et qui, hors des murs de théâtre, me semble excès de mauvais goût.

Je suis gêné d’écrire ces mots qui semble accuser ma pudibonderie. Je ne parviens pas vraiment à juger cette œuvre, non dénuée de grandeur et, je l’ai dit, de travail sur la langue. Elle m’est restée à tout moment étrangère, sans même cette inquiétante étrangeté dont parle Freud et que Wadjdi Mouawad veut communiquer.

La poursuite de l’assassin de sa femme, le discours sur les natives americans m’a pourtant intéressé jusqu’à ce qu’il soit réduit à une fraternité de la douleur. Le point de vue des animaux, leur perception de la couleur de nos angoisses, nous laisse à l’extérieur de ce Wahhch Debch qui est réduit à sa sauvagerie. Assez intéressant pourtant la façon dont, contrairement à chez Lehane lu en même temps, la vengeance n’est jamais envisagée comme une option. La sauvagerie de l’assassin reste un beau mystère, la manière dont, peut-être, il se réincarne dans Mason-Dixon Line captive le lecteur. Il lui reste alors la pureté de la bestialité, ce silence des bêtes.

Peut-être juste un peu trop de tragédie dans le roman.

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Un commentaire sur « Anima Wadjdi Mouawad »

  1. J’ai lu beaucoup de romans entièrement tragiques et terribles, mais aucun comme Anima. La narration à travers les animaux rend le roman juste assez léger pour que la trame en soit soutenable. C’est un roman très au-dessus de tout ce qu’on lit d’habitude, qui pose toutes les questions cruciales de notre époque ! Décidément les livres de ce blog ne sont jamais innocents…

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