Ténèbres, prenez-moi la main Denis Lehane

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Dans ce polar, classique et efficace, Denis Lehane revient sur une des hantises de l’Amérique : la vengeance d’une justice personnelle. Je m’interroge sur la psychologie positive à la base d’une intrigue solide mais non dénuée de clichés.

Ténèbres, prenez-moi la main m’a semblé un polar de série. Un livre d’une lecture agréable sans grande singularité dans son admirable savoir-faire. Patrick Kenzie et Angela Genaro sont un couple de détective bien campé. Attachant presque si ce n’est la mentalité très normative du héros, Kenzie qui laisse un peu trop, à mon sens, au second plan sa partenaire.

Denis Lehane aime les histoires de bandes, l’attachement au quartier de son enfance, la fidélité à ces amitiés au devenir incertain. Mystic River explorait ce thème avec un certain bonheur. Dans ce roman, j’ai aimé que cette évocation soit sans nostalgie, avec cette humour de dialogues enlevés, à la première personne du singulier que j’ai trouvé, tout au long de ma lecture, caractéristique d’une génération d’écrivain de polar.

Le thème de l’héritage de la violence, de son sourd eugénisme et surtout de la psychologie de comptoir qui s’en dégage m’a davantage gêné. Patrick Kenzie se trouve confronté à son passé, à la violence exercée par son père et à son incapacité à ne pas reproduire ses débordements. L’occasion, malgré tout, d’une réflexion pas inintéressante sur la fascination pour le Mal, l’ordinaire crapulerie dont souffre un détective.

Chez Lehane, il me semble que ce retour sur les terres de l’enfance serve d’excuse à de pesantes ficelles narratives. Il faudrait trouver une explication aux agissement d’un tueur toujours extraordinairement machiavélique ou tout au moins à l’escalade de violence dans laquelle semble entraîner toute évocation d’un meurtrier en série.

Les traumatismes de l’enfance sont un prétexte tout trouvé. Sans une once d’ironie, un psychiatre s’étonne de ne trouver aucune torture d’animaux dans le profil d’un des suspects emprisonnés. Heureusement, ce complice est montré comme une victime, ses agissements conservent alors leur part de mystère.

L’autre obsession américaine exploré par Lehane est la schizophrénie de la respectabilité. Le thème de la vengeance au-delà des lois acquière ici une certaine profondeur. Kenzie comme le tueur partage l’illusion de puissance donnée, paraît-il, par le meurtre. Étrangement, Lehane se garde bien de décrire les pitoyables souffrances qui y conduisent. Ordinaire frustration et sentiment d’échec qui nous imposent une volonté d’être reconnu.

Malgré mes grandes réserves, ce livre se lit avec un grand plaisir. L’économie du récit est toujours à sa tension maximale. Lehane sait imposé une atmosphère qui, malgré la violence presque parodique du dénouement, ne pêche pas par ses excès de noirceur.

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