Le livre du roi Arnaldur Indridason

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L’auteur de polar sait le plus souvent sortir de son genre de prédilection. Sans doute éprouve-t-il une curieuse lassitude pour ses personnages. Indridason quitte dans ce roman son inspecteur fétiche pour se lancer dans le roman d’aventures. Il laisse ainsi la profonde mélancolie qui faisait le charme de ses enquêtes strictement policières.

Le paradoxe de souligner une manière de défaut d’atmosphère dans Le livre du roi tient à ceci : Indridason y semble mettre en scène une part de sa nostalgie enfantine pour de rocambolesques aventures. Tout au long de ce roman le point de vue affecte une adolescente candeur. Une parti de ce livre est un hommage, au premier degré aux romans populaires et à leurs péripéties invraisemblables. Par la parodie l’hommage rendu dans L’île du point Nemo me paraît fonctionner avec d’avantage de grâce mais aussi avec cette façon hautaine de surplomber son récit qui empêche de s’y laisser prendre. Indridason, lui, sait porter son lecteur sans devoir feindre de pesants retours critiques que je nomme démon du commentaire. Il me semble hanter une grande partie du roman français convaincu, théoriquement, de l’impossibilité de raconter une histoire. Je l’évoquais à propos de La déesse des petites victoires.

Sans doute je m’y laisse prendre à mon tour pour évoquer Le livre du roi uniquement à travers les résonances ouvertes à mes lectures. Pourtant ce roman traite du même thème que Illska, le mal : la constitution d’une identité collective à partir d’un texte fondateur, devenu mythique justement par ses appropriations antagonistes. L’identité islandaise est parasitée par l’emprise danoise. Indridason évoque, avec d’insistantes répétitions, la question de la conservation par des puissances étrangères d’objets sacrés, primitif. La question semble à peine faire débat en France pourtant bien placée sur cette appropriation.

Après la lecture de Illska, plus renseigné parfois jusqu’à la pesante obsession, il m’a parût un peu trop couler de source que les sagas nordiques ont passionné les nazi. Avec néanmoins une réticence des islandais à être confondus avec ces bons aryens (pardon). Le lecteur curieux se penchera donc sur Illska celui voulant une narration fluide et captivante se tournera vers Le livre du roi.

Dans les deux livres, je distingue pourtant une écriture un peu trop plate. Chez Indridason elle a l’élégance de se fondre dans le minimalisme de l’économie narrative du polar, voire ici du thriller. La description du Berlin de l’immédiat après-guerre me semble un esquisse d’une admirable légèreté. Aucun recours à de pesants marqueurs temporels, des fiches de renseignements copieusement exposés, mais la sûreté du trait.

Un certain embarras dont je crois avoir identifié une cause. Le narrateur proteste, un cours instant, de son peu de fiabilité, de sa reconstitution de ses souvenirs. Pourtant, celui qui est censé être un digne professeur d’université est d’une confondante naïveté. Son vocabulaire est à peine digne de celui d’un jeune étudiant. Indridason parvient très bien à adopter le point de vue de son personnage au moment où il vit ses aventures. Moins avec la distance du temps.

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