L’échange Eugenia Almeida

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L’échange de Eugenia Almeida est un grand roman noir, sec et sans la moindre fioriture, d’une efficacité et d’un pessimisme sans appel. Une très belle découverte.

D’emblée ce qui plaît dans ce roman est la sécheresse fragmentée d’une langue d’une concision admirablement travaillée. De celle qui fait du roman noir un des meilleurs véhicule pour la mise à nu des sentiments, des souffrances mais aussi des passages obligés auquel personne n’échappe.

Ils se sont réjouis et ont frémis. Il existe toujours le risque que quelqu’un arrive et, de façon inattendue devienne nécessaire.

Comparaison flatteuse, la prose de L’échange évoque l’immense James Sallis. L’intrigue est minimaliste, comme rendue à ses figures essentielles. Des flics usés, au seuil de la résignation, un journaliste pugnace par hasard, une femme qui se suicide, à la terrasse d’un bar, après avoir menacé un homme.

Le minimalisme de chapitres brefs et heurtés, dialogués en grande partie, introduit non pas un suspens arbitraire, artificiellement maintenu, mais la beauté du mystère pour une disparue de plus en plus énigmatique. Du genre à avoir cinq stylos bics dans son sac.

Guyot, le journaliste, enquête. Une bonne idée, laisser en état comme toute bonne fausse piste, est de faire de cette femme disparue, Julia, un fantôme. À travers les écrits retrouvés par le journaliste, le lecteur comprend que Julia était gosthwriter. Elle écrivait à leur place les autobiographie d’éphémères célébrités. Le journaliste et elle s’identifie par leur aptitude commune à recevoir les histoires d’autrui, les consigner au hasard, d’y voir qui sait des sortes de signes avant-coureurs tel l’écrivain d’Adieu mon livre ! Almeida n’insiste pas sur le portrait en creux de la romancière.

Pour éviter le recours à de lourdes explications psychologiques (de celle que Mathématique d’un crime invalide coupablement), L’échange tire partie de son minimalisme. Pour se confronter ainsi, sans cesse à ce qu’il ne parvient à comprendre, l’enquêteur, Guyot donc, a ses failles, sa femme tuée. Sans insistance ni certitude que cela explique son comportement.

L’Argentine a ses disparues, sa classe politique corrompue. Inutile d’en faire un roman de plus. Un arrière fond d’autant plus fort qu’il se laisse entendre. Un parfum de mystère et d’incompréhension qui ne se perce pas si aisément. Les tueurs, leurs motivations et manipulations politiques conservent leur obscurité. Il ne reste rien que cette psy qui écoute, impuissante. Le contexte est ainsi limpide dans toute son horreur. Un vrai roman noir sans la moindre rédemption finale.

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