Les disparus du phare Peter May

may

Retour dans les Hébrides extérieurs pour Peter May. Les disparus du phare est une enquête plaisante, construite avec un indéniable savoir-faire. Un polar confortable et d’une efficacité sans fantaisie mais avec atmosphère.

Le roman s’ouvre sur un dispositif sans doute sans grande nouveauté mais dont j’ai goûté son questionnement en écho avec celui de mes dernières lectures. Le narrateur est amnésique et se reconstruit donc une identité. Avec une certaine discrétion, Peter May pose de bonnes questions : peut-on vraiment être un salaud s’y on ne s’en souvient pas ? L’amour est-il une question de mémoire ou ses gestes parviennent-ils à y pallier ?

Dispositif néanmoins car cette amnésie permet une présentation originale de ce personnage. Dommage que May n’en profite pas pour entraîner son lecteur dans la peau d’une ordure sans mémoire et donc éventuellement pardonnable. Cantonné dans une économie narrative parfaitement entraînante, j’ai un peu regretté que ce roman ne parle à aucun instant de la possibilité de se réinventer. Au moins poser cette question : pourquoi revenir sur le passé quand son oblitération offre la possibilité d’interroger la chance ambivalente de faire sans ? Un thème particulièrement finement traité dans Vie prolongée d’Arthur Rimbaud.

En dehors de ces spéculations sans doute personnelles, la belle réussite de ce livre est de planter un décor sans céder au facile appel de la couleur local. Peut-être par son retour de personnages et de décor. L’inspecteur Gunn, déjà présent dans la trilogie écossaise, est à peine décrit. May nous épargne les traumatismes du flic et ses incertitudes. Il évoque à peine la tranquillité auquel il aspire. La scène de l’interrogatoire, vu sous le point de vue de l’amnésique, est bien troussée.

Néanmoins, quand le roman abandonne le point de vue de celui qui se fait passer Neal MacLean (jolie sonorité pour un nom de personnage), il sombre dans une forme de manichéisme. Le pire est que le lecteur s’y laisse prendre. La fille adolescente qui poursuit son père apporte une certaine fraîcheur et permet à Peter May de ne pas s’enfermer dans un microcosme insulaire.

Une grande partie de l’intrigue repose sur une dénonciation de la catastrophe écologique représenté par l’agriculture intensive et ses polluants phyto-sanitaires. Un constat accablant. Véridique hélas sans le moindre doute. Heureusement l’aspect chevalier blanc du personnage principal est un peu gommé par son égocentrisme dictatorial. Il feint un suicide pour mettre, comme on dit, sa famille à l’abri. Peter May évoque à peine le confort de cette posture moralisatrice. Lui-même y échappe de justesse.

Quelques réserves donc, peut-être injuste, pour ce polar agréable et maîtrisé.

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