Paix à leurs armes Oliver Bottini

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Dans Paix à leurs armes, Oliver Bottini mélange avec maîtrise le thriller, la complexité du roman d’espionnage mais aussi, grâce aux armes du polar, le portrait d’une société, allemande et algérienne. Dans ce récit à la froideur rythmée,  la corruption et faux-semblant deviennent un ressort d’une intrigue complexe et captivante.

Avouons avoir été désarmé par la lecture de ce livre. De ce que je connais de la ligne éditoriale de Piranha, elle propose un regard décentré sur le monde contemporain. Nous le retrouvions sous le prisme de l’histoire féminine et familiale dans La huitième vie et, d’une façon assez similaire à Paix à leurs armes, dans Breaking news. Peut-être grâce à un point de vue allemand qui, ici, éclaire d’un jour différent l’Algérie contemporaine. Bien sûr, dans cette sombre histoire de trafic d’armes, la France reste une présence tutélaire, une ombre au tableau.

Dans une succession de courts chapitres, avec de perpétuels changements de lieux et de personnages, Bottini éclaire un contexte algérien à la fois, pour un lecteur français, familier et méconnu. Certes, l’Algérie contemporaine souffre de sa sauvage colonisation, des immondices de sa prise d’indépendance mais Paix à leurs armes montre aussi les conséquences de la « décennie sanglante », des luttes d’indépendance kabyle et du terrorisme islamiste qui est ici – avec hélas presque déjà une impression d’obsolescence, de prétexte et de cache-misère. Ce roman présente dès lors l’indéniable mérite de nous relater d’autres événements et d’en montrer, en évitant de pesantes leçons de morale, l’enchaînement fatale.

Hormis ce contexte censément connu par le lecteur, Paix à leurs armes décrit aussi avec minutie, mais avec une sécheresse d’un récit à tout instant tendu vers son dénouement, les représentations allemandes en Algérie et le système politique allemand. De quoi, certes, être désarmé. Dans ce fouillis de détails, de personnages parfois réduits à des silhouettes (mais toujours incarné par un détail « vivant » : un téléphone étanche, le goût des croisières, la répétition presque symétrique d’amour impossible, l’histoire de l’équipe clandestine de foot algérienne…), le lecteur finit par se laisser porter. La grande complexité semble alors servir à ne pas se laisser prendre au roman d’espionnage. L’écriture de Bottini déjoue cette hypothèse. Efficacité et froideur. À l’exception, à peine de Ralf Eley, le personnage suscite peu d’empathie. Pourtant, on ne parvient pas à se détacher de cette lecture.

Sans doute par l’implacable dénonciation de Bottini : l’Allemagne a ses lobbys, son modèle se diffuse dans un soutien aveugle à son industrie. Les armes ne sont qu’un bien mondialisé de plus. Une guerre économique dont Paix à leurs armes démontrent admirablement les rouages. J’ai été un peu moins convaincus par cette organisation des « Sans-noms », ces révolutionnaires confus et instrumentalisés.

Une grande partie de l’intrigue repose sur Djamel Benmedi dont le père fut assassiné et dont le grand-père fut un résistant meurtrier. Incarnation apparement un peu grossière de l’histoire contemporaine de l’Algérie. Bottini a l’intelligence de la noyer dans d’autres récits : Djamel veut se venger du général Soudani, responsable de la mort de son père, son groupe enlève donc un vendeur d’armes allemands, Ralf Eley se déménera pour le faire libérer. Le récit est alors entraîné dans cette belle logique catastrophique qui anime beaucoup de polar.

Paix à leurs armes offre une narration sans une once de second degré. Contrairement à Envoyée spéciale, l’auteur croit en son intrigue. Le lecteur également. Il s’abandonne alors avec moins de culpabilité à sa gratuité divertissante.


Ce livre a été reçu en partenariat avec le site Lecteurs.com. J’en remercie les éditions Piranha.

 

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2 commentaires sur « Paix à leurs armes Oliver Bottini »

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