La nuit la mer n’est qu’un bruit Andrew Miller

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La nuit n’est qu’un bruit est un roman déroutant. Avec une discrète maîtrise narrative Andrew Miller déboussole son lecteur au long d’une poursuite, au long cours, d’une femme opaque, fermée dans la fugue. Une découverte surprenante.

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La nuit n’est qu’un bruit est un roman déroutant. Avec une discrète maîtrise narrative Andrew Miller déboussole son lecteur au long d’une poursuite, au long cours, d’une femme opaque, fermée dans la fugue. Une découverte surprenante.

Le style de Miller est la première chose qui frappe le lecteur dans un prologue intrigant. Froideur et minimalisme d’une description portée sur l’accumulation de détail. J’avoue que cette hauteur de vue, normale pour évoquer la chute de Maud, l’héroïne, du haut d’une bateau, m’a laissé vaguement perplexe. Toute la première partie de ce roman est l récit, semblant sans la moindre empathie, du banal d’une amourette à sa naissance, de ces conséquences presque logiques mais guère enthousiasmantes.

Peut-être que la lecture est d’abord entravée par la constitution de Tim, le futur mari malheureux de Maud, La crédibilité ne me semble pas ici un critère de jugement. Plutôt disons un refus affiché de creuser sa psychologie, de s’aventurer dans les motivations de son oisiveté aristocratique. Un instant, le lecteur espère un retournement, une explication de cette passivité masculine par le passage à un point de vue féminin. Ou peut-être suis-je seulement contaminé par Les furies.

Pourtant, tout le mystère de ce roman est qu’il finit par happer, telle une vague scélérate, le lecteur, l’entraîner dans des sujets ne l’intéressant a priori peu. Aveu sans doute seulement de mon peu d’intérêt pour l’univers de la voile. Un détour cependant intéressant car Miller s’en sert pour dresser le portrait d’une certaine classe sociale anglaise non pas riche mais aisée, aux engouements transitoires. Entretenir un bateau est un gouffre financier et affectif. Narratif aussi car La nuit la mer n’est qu’un bruit fourmille d’un vocabulaire technique plutôt difficile à déchiffrer, hermétique. Avouons qu’ils submergent le lecteur dans la dernière partie. Je les crois une stratégie narrative consciente : au fond, il convient à Miller que le lecteur comprenne peu le naufrage de Maud. Se laisser porter, cesser de faire le malin, arrêter de s’accrocher à de faciles commentaires.

Les nuits sont comme le fond de quelque part, une sorte de plancher océanique. Quant aux jours, ils ont leur propre ruse.

Le roman ne cesse de bifurquer. La ruse des jours devient celle de l’opacité, l’indifférence foncière de Maud au quotidien, à la maternité. Le portrait de cette femme scientifique, dont les expérimentations sur des cobayes animaux et humains dont elle-même plane comme une belle incertitude, demeure à tout instant fascinant. Avec l’exacte dose de répulsion entendue dans ce mot.

La précision très froide, l’attachement aux détails matériels, prennent leur sens lors de la survenue d’un drame dont Miller se refuse à faire le centre de son roman. La mort d’un enfant reçoit dans La nuit la mer n’est qu’un bruit un rendu où l’apparente absence d’empathie semble alors fonctionner et se justifier. Maud passe, pour ainsi dire, à côté : elle s’enfuit.

La nuit… prend alors l’allure d’un récit maritime. Étrangement, j’ai été captivé par ce récit d’une traversée solitaire sans destination. Andrew Miller donne alors l’illusion de parler en connaissance de cause mais sans reconnaissance autobiographique. Avec cette capacité d’intégrer des renseignements au fil de sa prose, de faire sien un vocabulaire et la tension sportive d’une traversée en solitaire.

Assez logiquement, l’aventure marine débouche sur un roman d’aventure, pour ne pas dire de pirates. De ceux admirablement caricaturés dans L’île du point Némo. L’allure de dispersion de cet assemblage de tonalités est heureusement contrebalancée par la façon dont Miller refuse de tirer un parti symbolique de ses péripéties tout comme il renâcle à imposer une interprétation. La nuit ne décrit pas seulement une femme à la dérive pour échapper au naufrage ; sa rédemption sur une île peuplée d’enfant pourrait tout aussi bien être une hallucination médicamenteuse, voire une paradisiaque survie.


Un livre reçu en partenariat avec Netgalley. Merci, une nouvelle foi, aux Éditions Piranha. À noter : La nuit la mer n’est qu’un bruit sortira seulement le 24 août 2017

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2 commentaires sur « La nuit la mer n’est qu’un bruit Andrew Miller »

    1. Le passage maritime est relativement court. Je n’y connais rien à la voile et pourtant on se laisse porter. Le portrait de couple puis d’une femme hermétique et seule, de son éducation sans la moindre tendresse est sans doute le plus intéressant.

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