Les étrangers dans la maison John Harvey

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Comme son titre l’indique, Les étrangers dans la maison se révèle un polar concentré presque uniquement sur la sensation de pénétration de l’intimité. Dans ce roman policier savamment construit, John Harvey fait preuve d’une ironie certaine, un humour léger et un talent indéniable pour dérouler une impassible intrigue. Une lecture récréative plaisante.

Le polar anglais maîtrise l’art de raconter des histoires minuscules mais avec une véritable tension dramatique quand elle oublie les improbables péripéties du thriller. Je pense ici notamment aux romans de Graham Hurley ou ceux de Peter Robinson. Les étrangers dans la maison nous parle seulement d’un cambriolage et de ses conséquences fâcheuses. Sans la moindre déperdition de rythme. Initialement publié en 1990, ce livre jouit d’un étrange décalage temporel. Une désinvolture du plus haut comique dans la certitude de s’abandonner à un genre mineur, de le faire sans la moindre prétention mais avec une précision dans l’écriture et dans l’économie narrative.

Par cette histoire de cambriolage, John Harvey met en scène sa capacité à s’introduire dans l’intimité de ses personnages. D’abord dans celle de son détective-inspecteur Charlie Resnick. Lui aussi subit cette intrusion de domicile quand il cherche à vendre sa maison. Notation discrètes et amusées sur cette ordinaire et désagréable exposition de soi. Dans sa multitude de personnages, chacun successivement porteur de la parole, Les étrangers dans la maison excelle à dévoiler nos banales existences : le peu de prise d’un père sur une adolescente voleuse, le racisme ordinaire à l’égard d’un inspecteur d’origine chinoise, la bêtise d’un collègue mais aussi les sentiments élevés d’un cambrioleur aux allures de gentleman et aux comportements de séducteurs et enfin la description du milieu de la télé et de ses seconds couteaux. Tout cela enchâssé dans une intrigue sans grande surprise mais toujours captivante. À la fois enquête policière focalisée sur sa procédure et récit des conséquences d’un mauvais choix, le lecteur est entraîné dans cette histoire avec un plaisir sans insistance.

Bien sûr, on pourrait regretter l’automatisme d’un flic qui aime le jazz entouré de ses quatre chats. Harvey passe sur ce détail encombrant. Resnick n’est pas nostalgique, il brûle juste les lettres de sa femme et peine à s’inventer une nouvelle existence. Le plaisir trouvé à cette lecture tient également à un refus, pour maintenir le rythme de l’intrigue, de toutes déterminations psychologiques. Les comportements assez ordinaires ici mis en scène (accepter de planquer un kilo de cocaïne, s’interposer dans une bagarre ou sauver de l’infarctus l’homme que l’on vient cambrioler) suffisent à ne pas devoir en expliquer les motivations toujours parfaitement incertaines.

Une série de romans découverte par hasard qui donne envie d’être lue dans son intégralité.

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