Désert Américain Percivall Everett

 

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Désert américain est une fable humoristique sur un homme incapable d’accepter sa propre mort. Par ce récit constamment comique, Percival Everett livre une réflexion captivante sur nos spiritualités, le mensonge de nos vies et les regrets que nous les laissons charrier.

Théodore Larue (la traductrice a adopté le choix discutable de traduire tous les noms de personnages) est décapité alors qu’il veut se suicider. Dans une langue blanche, toujours très précise mais jamais follement audacieuse comme l’aurait mérité le projet, Everett parvient à nous faire croire à la renaissance de son personnage recousu à la hâte. Son enterrement est une scène véritablement hilarante, d’autant plus quand Désert américain quitte la satire un peu facile du monde universitaire où Théodore survit en attente de sa titularisation. Le roman de campus prolifère aux États-Unis, touché par le sujet Everett si livre un instant, avec une verve discrète de ne pas sembler revancharde. Le chef de département est un spécialiste de James Joyce précisément parce qu’il déteste cet écrivain. Désert américain échappe alors à un autre travers du roman contemporain : la détestation de son héros sans qualité, égaré dans une vie dont la mesquinerie sera dans ce roman léger et plaisant constamment sauvé.

Une des indéniables qualités de ce roman est de s’appuyer sur la logique verbale de son récit. Théodore, sans rien parvenir à publier, attend donc sa titularisation. Il espère donc de l’institution une forme de reconnaissance, une identité enfin à soi-même confirmée. Cette survie improbable, toujours maintenue dans son irréelle incompréhension devient rapidement métaphorique. Par une belle méditation sur la mort, sur la possibilité qu’elle apporte un sens à nos vies, la seule question que nous pose Percival Everett est celle-ci :

Bon alors comment est-ce que nous sortons d’ici ?

La survie de Théodore donnera lieu à d’épique tribulations dont la satire, parfois un rien forcée, est concertée sur laquelle tente de s’appuyer nos existences. Phénomène de foire, le narrateur devient la proie des média et de leur avidité à la lettre morbide et donc craintive puis de fanatiques religieux qui voient en Théodore l’incarnation du démon et enfin des militaires américains qui, planqués derrière la croyance populaire aux extra-terrestres, expérimente l’immortalité armée (l’idée de cloner Jésus est hilarante dans la débilité de ses résultats). Percivall Everett est malin, le désert américain, et tous ses illuminés) n’illustre pas la déréliction coupable d’un monde sans dieu. Avec courage, sans bravade, le roman accepte, sans jamais en méconnaître l’absurdité, une vision du monde radicalement athée. La résurrection de Théodore ne sera jamais porteuse d’un sens collectif, sa seule rédemption consistera à accepter ses errances pour enfin être rendu à la mort. Face à la cruauté du spectacle, même en l’absence de tous ressenti physique, Théodore finit par ressentir un « épuisement psychique », une forme de fatigue métaphysique de celui qui est condamné à revenir.

L’ultime dimension de ce conte, pas la moins évidente, de ce conte attrayant, est de faire de Théodore une incarnation des pouvoirs de la littérature. Elle est censée, de toute éternité, nous offrir un regard d’outre-tombe. La belle idée d’Everett est de doté Théodore de visions, au moindre contact, du passé des personnages qu’il croise. Malgré ses aventures hautes en couleur, il est à peine suggeré qu’elles ne soient qu’une projection imaginaire, le roman se focalise sur le passé et nos capacité à en surmonter les regrets, à y survivre pour un mauvais jeu de mots auquel ce roman à la grâce de ne pas se soustraire. La survie permettrait alors de comprendre un autre point de vue, d’accepter le passé d’autrui. Désert américain fonctionne aussi par le passé et l’intimité effleurés des autres personnages.

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