De chair et de sang John Harvey

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De chair et de sang se présente comme un polar sympathique, désinvolte et pourtant d’une construction remarquable. Avec une belle discrétion, John Harvey pénètre l’intimité de ses personnages et, sans catastrophisme, nous offre une image sans faux-semblant de l’Angleterre.

Je retrouve avec plaisir un roman de John Harvey. La lecture de polar souvent (pour les plus réussis) procure une sensation de continuité : un univers tenu, tendu dans la résolution de son intrigue et où le lecteur parvient à s’abandonner. Lecture récréative mais en est-il véritablement d’autre ? Plaisir un peu stupide de savoir que les personnages poursuivent leur existence. On croise ici l’inspecteur Reznik. Une silhouette qui était le héros de Les étrangers dans la maison.

On reconnaît, en plus brutal et avec un suspens plus franc, une atmosphère. À mon sens, quand le polar ne s’encombre pas outre mesure de considérations sociologiques, sa force est de nous présenter des héros à l’humanité banale. Frank Elder est à l’évidence de cette trempe. Flic retraité, planqué en Cornouailles, dans ses cauchemars de chats (un trait qui semble joliment récurrent chez Harvey), il revient aux affaires pour élucider une disparition après que l’un de garçons particulièrement paumés qu’il avait, lors de l’enquête suspecté, soit libéré.

Une des bonnes idées d’Harvey est cette façon, par son personnage vaguement déconnecté, toujours de cette tristesse sans contour d’homme quitté, de se placer légèrement en marge de l’enquête policière. Avec nettement plus de distance avec l’intrigue, Étranges loyautés procédait de même. Les détails techniques me lassent, les résolutions par illuminations logiques m’intéresse peu.

Le polar reste question d’atmosphère et de caractère. Avec une langue sèche mais sans ostentation, Harvey y excelle. Une justesse dans le ton assez admirable. Aucun misérabilisme pour une plongée dans cette violence sociale des laissé pour compte. Donald Shane, coupable par entraînement d’un atroce enlèvement et donc suspecté à raison, ne se réduit pas à un méchant psychopathe réduit à ses souffrances enfantines. Harvey sait nous laisser entendre à quel point il est démuni. Pas vraiment excusable mais pas non plus entièrement responsable de la fatalité qui pèse sur lui.

Tous les autres personnages ont aussi ce grain comme on disait pour une photo argentique. Elder lit du Dickens, il regarde sa femme partir avec un autre, il s’aventure dans une relation avec la mère d’une ancienne disparu, interroge des anciennes camarades de classes… Tout ceci avec un rendu d’une délicatesse qui dépasse le plat réalisme. Sans doute par un sens de la coupure assez admirable.

J’avoue avoir un peu regretté la mise en tension juste avant le dénouement. L’implication personnelle paraît un poncif. Heureusement, Harvey a la finesse de le racheter par une interrogation sur les suites d’un traumatisme. L’aisance avec laquelle un flic passe à autre chose. La victime reste avec ses cauchemars. La résolution de l’autre disparition, sans la moindre tension, me paraît plus réussie.

 

 

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