La disparue du Venezuela Diane Kanbalz

2626-Kanbalz-La disparue du Venezuela

Sur le scénario classique et maîtrisé d’un enlèvement dans un pays gangrené par la violence et sa corruption, Diane Kanbalz signe un récit enlevé. La disparue du Venezelua offre alors le portrait d’un pays méconnu. Un premier polar sympathique.

S’il fallait commencer par des réticences, vieille rengaine, je pointrais d’emblée le choix malheureux du titre. Trop précis, pas assez évocateur, pour ne pas dire commun. Heureusement, la lecture se révèle plus prometteuse que son titre. Pour son premier roman, Diane Kanbalz a l’intelligence de ne pas jouer sur l’originalité. Son titre veut probablement indiquer le respect de cette trame classique et prenante. La lecture se révèle rapidement addictive tel un thriller malin et touristique.

Certes, il faut d’abord passer sur ma deuxième réticence également d’un ordre éditorial. Le roman est hélas truffé de notes infra-paginales. Un détail qui m’agace toujours. Est-ce Nabokov qui a écrit qu’un roman doit se tenir seul, n’a besoin d’aucune explication sémantique ? Je ne sais mais j’adhère à cette vision. Le romancier doit trouver un détour pour éclairer la réalité inconnue dont il nous parle. Dans La disparue du Venezuela, hélas les notes abondent. Souvent dispensables. Le lecteur de polar ne me paraît pas avoir besoin qu’on lui précise ce qu’est un « flag », le GIGN et d’autres organismes policiers dont il est familier.

Outre son intrigue « classique », peut-être un rien prévisible, le grand attrait de ce court roman lu sans déplaisir est la capacité de la romancière à nous faire entrer de plein-pied dans la réalité quotidienne du Venezuela. Elle conserve toujours ce regard excentré des « expats ». Toujours un peu curieuse ces représentations françaises à l’étranger. Le polar aime nous détailler les procédures et ses luttes intestines de pouvoir. Un ressort qui me semble toujours bien marché. Une manière discrète de donner une légère portée politique à ce roman qui assume son aspect de pur divertissement.

À ce titre, la langue de Kanbalz joue d’une économie de moyen notable. Sans jamais tomber dans les tics du minimalisme, l’écriture est sèche, précise. Elle se répète parfois un poil. Pour dire les déboires du héros. Un inspecteur en crise. Peu originale mais fonctionnelle. La réussite de La disparue du Venezuela est de suggérer seulement l’origine de ses immanquables traumatismes. Dans la plus grande tradition du roman noir, Larcœur, le flic, est qualifié surtout par ses gestes. On se laisse alors prendre à ce personnage parfaitement stéréotypé.

L’autre charme de ce roman sympathique est la promenade touristique qu’il nous propose. Au moment de la succession de Chavez, le pays se porte mal. Pour cette affaire d’enlèvement, Larcœur est envoyé à Merida. Loin de Caracas, la réalité sociale est décrite en connaissance de cause. Un décor parfait pour cette intrigue qui use de tous les codes du genre. Y parvenir sans sombrer dans le grotesque n’est pas facile. Certes, une certaine impression de visiter tous les lieux attendus d’une plongée dans la pègre : tripot, barios et prison. Tout ceci étant compensé par de belles notations sur la situation économique du pays. La souffrance des parents, l’ombre d’une photo, et leur désarroi face à une fille qu’il ne connaisse plus donne aussi une intimité à ce polar qui a la bonne idée de ne pas reconstituer la vie quotidienne d’un Venezuelien.

L’essentiel est que ça marche. Sans jouer sur un suspens haletant, le huis-clos de la demande de rançon, le lent glissement vers des méthodes plus mafieuses rend cette lecture fort agréable.


Je remercie chaleureusement les éditions de l’Aube pour cet envoi. Quand vous voulez pour de nouvelles lectures…

 

 

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