L’affaire Collini Ferdinand von Schirach

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Dissection d’une affaire d’État, plongée en procès dans le passé, L’affaire Collini est un bref récit glaçant. Dans une prose d’une sécheresse exemplaire von Schirach illustre les aveuglements de la justice allemande, l’horreur de la vengeance et, avec une remarquable absence de pathos, les pensées de ses personnages pris dans des rebondissements procédurales.

L’affaire Collini précède de quelques années le très envoûtant et accompli Tabou. Ferdinand von Schirach déploie dans ce roman, ou plutôt ce récit tant la charge du réel se fait sentir comme une lancinante obsession, ce que son œuvre plus tardive déploie tels des hantises. La prose, d’une blanche neutralité, se concentre davantage sur une économie narrative emplie de suspens.

On pourrait le déplorer. Tabou amalgamait admirablement un ensemble de sensations. Le décalage de sens laissait surnager les souvenirs, leur perte et cette culpabilité du passé qui, ici aussi, hante le personnage principal. Carl Leinen, l’avocat commis d’office pour ce cas retentissant, hérite lui aussi d’un aristocrate de père. Une enfance dont ne reste que le parfum de l’huile pour carabine. Après tout, cette reprise n’a rien de dérangeant. Leinen acquière ainsi une profondeur sur laquelle il refuse de s’appesantir.Von Schirach n’accepte pas de se laisser prendre à l’émotion. Le rythme de sa prose  laisse ce soin au lecteur.

Une belle précaution. Elle évite le convenu de la situation où plonge l’avocat par ses souvenirs d’enfance. Bien sûr, il tombera amoureux de la petite-fille de la victime. Celui-ci deviendra, à la mort de son petit-fils (assez terrifiante au vu de la sécheresse de son rendu) une manière de père de substitution. L’implication personnelle du personnage principal semble souvent un ressort grossier. Là encore, von Schirach s’en déprend par la finesse de ses notations. Une sensation de cheveux mouillés pour le premier baiser, où pour décrire une scène de sexe « le film fin sur son dos ; tout était fragile, simultané et fini. » À mon sens, L’affaire Collini touche à l’excellence quand la neutralité du style, sa prise sur le désarroi contemporaine, surgit avec cette évidence lapidaire et elliptique.

Ferdinand von Schirach est avocat. Ce récit de procès ne nous laisse pas l’ignorer. Toute sa prose agit en connaissance de cause. Là est le charme de L’affaire Collini : une entrée dans un procès, sans faux-semblant.  Toujours, la poursuite de la motivation reste le point d’achoppement du récit. L’obscurité de ce Collini ne restera pas paniquement irrésolu comme dans Tabou. Sans rien dévoiler de l’intrigue, radicalement captivante, disons que le passé de ce géant maladroit avec les mots est si finement décrit dans son horreur que ce personnage suscite toute notre sympathie. Von Schirach laisse hors-champs le débat moral provoqué par ce procès. Non sans fierté, il souligne que la réalité politique s’est ensuite emparé de son récit. Notons aussi avec quel habilité le personnage de la partie civile est décrit. Ennemi matois, sage reconnaissance de sa défaite. L’affaire Collini se conclut donc sur une absence totale de manichéisme. L’auteur connaît trop la justice pour ne pas savoir que son passage ne résout rien.

Vous l’aurez compris, n’hésitez surtout pas à consulter ma note sur Tabou, un livre à découvrir.

 

 

 

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