Laidlaw William McIlvanney

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Ce premier volet de la trilogie consacrée au si atypique inspecteur Laidlaw brille par la pertinence des réflexions de son protagoniste toujours aussi dubitatif et désespéré. Dans une prose admirable, frappante et fine, McIlvanney nous présente finement son héros et surtout sa sympathie pour tous ceux qu’il doute de pouvoir comprendre et approche ainsi sans jamais les catégoriser. Décidément un immense nom du polar.

Dans Étranges loyautés, McIlvanney interrogeait la fidélité à nos aspirations, à finalement ce que l’on croit être. Dans ce premier volume d’une trilogie que je vous invite vraiment à découvrir, il s’intéresse surtout à ce qui fonde notre identité : les gestes autant que les erreurs que l’on prend pour siennes. Avec cette vraie finesse, avec cette compassion désabusée, cette tendre noirceur, Laidlaw envisage ceux qui se prennent pour ce qu’ils ne sont pas. McIlvanney n’a même pas à insister. Sans pesante introspection, c’est surtout à lui-même que l’inspecteur adresse ce regard dubitatif.

Qu’est-ce qu’on a de si intelligent pour se permettre d’être aussi désinvolte au sujet des autres ?

Avec une habilité discrète, Laidlaw n’est pas exactement au centre du récit. Fragmentée, la présentation ce fait sous les yeux de tous les personnages. Notamment un jeune flic que l’inspecteur forme au doute systématique. Laidlaw refuse les catégories, sait qu’un meurtre n’est jamais résolu, seulement transformé en fait divers. Au moins un polar qui ne répond pas à cette fausse évidence de la justice. McIlvanney ne croit pas aux monstres. Le personnage le plus sympathique de ce roman reste le tueur. Plongée assez singulière dans l’homosexualité dans la pègre de Glasgow. Le tueur tente de se conformer à un modèle, jusqu’à l’impuissance supposée meurtrière. Mais tout ceci est seulement posé comme une hypothèse. McIlvanney, dans sa prose à la fois sèche et ici très rythmée, montre surtout son empathie. Sa grande intelligence aussi. La violence est un rôle. Le flic assène ses certitudes : il ne devrait pas s’y laisser cantonner.

Malgré beaucoup de tentatives en ce sens, il n’est pas si aisée de laisser une fin dans une suspension morale. Laidlaw y parvient admirablement. La continuité de mes lectures sert, paraît-il, à éclairer rétrospectivement, les précédentes. Je pense ici par exemple à La serpe de Jaenada. L’indignation marchait bien, moins quand il se transforme en accusateur. Le dénouement de ce premier volet des enquêtes « voyageuses » de Laidlaw y parvient fort bien. Laidlaw accuse le père de la victime, le mythe de la vengeance personnelle. Un emportement théâtral, utile surtout à révéler ses doutes. Toujours cette manière de se poser cette juste question : « Quoi de plus sinistre que la respectabilité ? » Il me semble, comme n’importe quel lecteur, que les questions sont la force d’un homme, bien plus que ses réponses. Sans jamais quitter véritablement le polar, comme il l’ose franchement dans Étranges loyautés, McIlvanney ose cette étrange présupposé pour un polar. Son inspecteur reste extérieur à l’enquête, il écoute seulement ce qu’on ne lui dit pas, son intuition, comme pour nous tous, intervient toujours trop tard.

Je n’aime pas les questions. Elles inventent des réponses. Les vraies réponses sont inventées avant que vous sachiez quelle était la question.

Pour souligner la valeur de ce roman qui a la décence de planquer son intelligence référons-nous à une autre de mes lectures ou plutôt à mon doute d’être parvenu à rendre compte de son enchantement dubitatif sur sa froideur. Le jardin des sept crépuscules soigneusement évitait la plongée dans l’intimité de ses personnages. Le piège de ses récits enchâssée était sans doute à ce prix. Avec une tendresse un peu brusque, à la fois amusée et désolée de ses compréhensibles errances, McIlvanney s’introduit chez autrui. Plaisir premier des policiers. Celui de remarquer dans le regard d’un très vieux couples une intrigue nettement plus retorse que celle de tous les services secrets. La simplicité de ce récit, celle de ne surtout jamais se prendre pour ce que l’on est pas, avoir la prestance de s’afficher dans ses failles, fait indéniablement tout son charme.

À l’exact inverse donc du Jardin des sept crépuscules, sans pour autant virer dans un angélisme politique auquel me paraît parfois céder le néo-polar à la française (la série des Poulpes en est l’incarnation la plus achevée), Laidlaw démontre une authentique sympathie populaire. Les vrais acteurs du drame sont la population de Glasgow, son sens de la répartie, sa violence, son amusement comme seule arme face à la misère. Un vrai carnaval mais les bas-fonds sont toujours révélateur de l’universalité de notre comédie. Une exploration que McIlvanney continue avec sa sensibilité habituelle dans Les papiers de Tony Veitch.

 

 

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