L’empire du mensonge Aminata Sow Fall

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Dans un très bref récit, Aminata Sow Fall se lance dans le périlleux exercice du portrait d’une famille heureuse. L’empire du mensonge se révèle une très belle apologie de l’humanisme, de la croyance nécessaire dans l’illusion suprême : l’art.

Dans ce très court roman, Aminata Sow Fall fait preuve d’un dénuement parfait. Sa concision se met au service d’un message simple et plein de cette sagesse ancestrale dont il est facile de se gausser. Dans L’empire du mensonge, les valeurs transmises tiennent en un seul mot : le diom. 

la dignité et l’honneur. Sur le socle immuable de l’amour, de la tolérance, de la générosité et de la justice. Et surtout de l’humilité.

Sachons à notre tour en faire preuve. Ne nous attardons pas sur ce récit de la vie de Sada, de son accession à une reconnaissance de son succès et de son rite immuable, amicale et sympathique, de ces réunions dominicales. Haut lieu de palabres et d’intelligences. Avec raison, me semble-t-il, le roman occidental a souligné l’enfer des familles, complexes et fantômes. Haines inassouvies et souvent justifiées. Sow Fall prend l’exact contre-pieds. Le pari d’un bonheur qui jamais ne paraît naïf.

un exercice d’hygiène mentale afin d’échapper au conformisme du mensonge, de la délation et de l’hypocrisie qui ont fini de pourrir l’atmosphère et d’inhiber les consciences.

Sans doute par la grâce d’une écriture sans appui. Très souvent nominales, la prose de L’empire du mensonge parvient à isoler des sensations. Pourquoi serait-elles unilatéralement malheureuses ? Sow Fall montre toute son habilité dans la révélation de l’omniprésence du mensonge et surtout notre capacité à composer avec lui. Alors parler de ce récit toujours captivant donne l’impression de le salir, de contester sa perfection dont la romancière n’ignore pas l’aspect mensonger.

Soulignons seulement la belle construction qui nous plonge dans les souvenirs de Sada. Pour atteindre à sa sagesse, il doit savoir d’où il vient. Son père, dans sa pauvreté, lui a transmis une aptitude à être au monde. L’empire du mensonge offre alors un des rares exemples, à ma connaissance, de roman de formation à l’issu constamment heureuse.

Avec une discrète finesse, Sow Fall dresse malgré tout un portrait sensible de son esthétique. Borso, l’actrice, toujours en retard, la sœur de la femme de Sada et bientôt la femme de l’un de ses meilleurs amis, tient dans son cœur un théâtre baptisé L’empire du mensonge. L’art serait alors un « mensonge sublime qui nous sauve », un « puissant neutralisant contre les haines, les hostilités, la crétinisation. » Certes, un rien de mauvaise foi nous pousserait à conclure que ces admirables déclarations de principes ne débouchent sur pas grand chose. Autre forme du mensonge : L’empire du mensonge sait alors, sans faire l’impasse sur la corruption et sur tous ses fétichistes des mots qui les détourne dans un usage administratif ici comme là-bas, enchanter un quotidien ordinaire. Sans doute faut-il seulement se laisser prendre au charme de ce récit beau dans sa simplicité, fort dans son apaisement.


Merci aux éditions du Serpent à plumes pour cette découverte dont je peine à rendre compte.

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