Pyromane Wojciech Chmielarz

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Pyromane se présente comme un solide polar polonais. Forme classique, tendue sur le processus d’enquête, les relations avec les collègues et les supérieurs, celles plus chaotiques avec l’intime.  Wojciech Chmielarz s’empare avec un vrai talent des codes du genre : un regard social acéré, tension et rebondissement jusqu’à l’ambiguïté du dénouement. Le miracle se produit : on se laisse happer.

Le polar polonais serait-il en train de s’imposer, de se substituer à la mode de celui nordique ? Nous en sommes fort heureusement au tout début et le genre ne paraît pas contraint à répéter ses clichés : ceux en particulier de l’effondrement d’un modèle sociale parfait mais remis en cause. Un peu à la manière dont le fait Zygmunt Miloszewski, le modèle polonais n’offre aucun refuge et donc heureusement pas une once de nostalgie. Rien qu’une familiarité en très léger décalage. Ici mais en bien pire. Une assez curieuse impression de se plonger dans la vie de Varsovie, toujours admirablement saisi dans son ordinaire par ce polar, au moment où anéantir les services publics paraît, à ce qu’ils nous disent, une impérieuse nécessité. Surtout ne nous alarmons pas du retour du bruit des bottes…  Pyromane décrit l’épuisement de ceux qui tiennent encore ces services publiques

Seules des personnes qui se dévouent de tout leur cœur peuvent atteindre un tel niveau de dégoût, voire de haine pour leur métier.

Un portrait en passant d’une médecin. D’ailleurs tout le charme de ce roman tient à ceci. Savoir ne surtout pas s’attarder sur un constat sociale dont la noirceur frappe d’autant que l’auteur ne prétend pas en tirer de leçon. Problème apparemment récurent en Pologne puisque Miloswski le traite aussi, la violence conjugale comme forme achevée de domination machiste, est présenté avec ce qui semble d’abord une curieuse absence de jugement critique. Tant mieux d’ailleurs. La diatribe ou le réquisitoire transmue en brouet la tension dramatique exigée par le genre policier. C’est d’ailleurs avant tout ceci qui intéresse Chmielarz : le ressenti sans faux-semblant d’un flic ordinaire, complètement contaminé par son métier.

Le portrait, toujours porté par une résolution à la fois tendue et calme, attentiste comme elles le sont sans doute dans la réalité, se fait alors en absence. La colocataire du personnage principal, le Kub, lit du Mankell. Façon élégante d’avouer une influence évidente. Pyromane progresse avec la même lenteur apparente, le même travail sur des atmosphères. Chaque interrogatoire, dans un cadre qui ne fait jamais assaut de violence, est prétexte à l’exploration d’une autre frange de la population. L’indéniable et difficilement définissable plaisir trouvé à lire ce livre tient sans doute à cela : une exactitude allusive dans le trait que ce soit pour parler du rock fécal, des étudiants en rupture qui s’endettent pour le bandit manchot ou des nouveaux riches qui perdent leur fortune dans le Loto des riches qu’est la bourse. Chmielarz ne poursuit ni exotisme ni nouveauté et ça marche. On attend avec hâte la suite de cette inspecteur, le Kub, dont la singularité n’est jamais surjouée, l’ordinaire laisse entendre un attachant effacement.


Un grand merci aux Édition Agullo pour cet envoi en dépit de ma demande très tardive.

Pyromane (trad Erik Veau, 410 pages, 22 euros 50)

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