Le printemps du commissaire Ricciardi

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Deuxième épisode de cette série aux charmes intangibles et incarnés, Le printemps du commissaire Ricciardi interroge avec finesse et empathie la beauté et le destin. Admirable portraitiste de Naples sous le fascisme, Maurizio de Giovanni multiplie les personnages pour nous captiver par sa capacité à capturer une atmosphère dans ses nuances et dans sa pesanteur sociale.

Ceux qui ont encore la chance de ne connaître pas encore Ricciardi ne connaissent pas sa mélancolique singularité. Solitaire  il est affligé de ce qu’il nomme La chose, une saisine malgré lui des ultimes pensées des morts. Lugubres et rémanentes  apparitions de la 《douleur qui dévaste, la douleur qui revient》, de cette ultime pensée ressassé jusqu’à l’obsession. Un tel personnage promené alors son empathie, sa compréhension sans jugement ni salut. Mais aussi ses amours à distance.

Dans ce second épisode,  la vision est au centre d’un récit très joliment explosé. Naples par ses personnages secondaires tant que la politique n’est qu’un arrière-plan. Une question d’architecture par laquelle le régime veut imposer sa vision d’ordre et autres fadaises. Le commissaire voit surtout les morts sur lesquels se construisent toujours ces idiotes déclarations.

Le meilleur roman policier me semble toujours un affrontement avec la fatalité. Dans son entreprise de dresser un portrait de sa ville, dont les odeurs finissent par nous pénétrer, De Giovanni interrogé d’abord l’Ordre social. Au sein des quartiers populaires, la pression de la réputation, de la dangereuse chimère du comme il faut, deviennent le déclencheur de sanction à  soi-même infligées. Toujours en compagnie du docteur Modo et du contrepoint de Maoione son adjoint endeuillé, Ricciardi s’interroge sur le moment auquel on commence à mourir. Sa passion de l’enquête, sa recherche obstinée d’un mobile n’est dès lors plus seulement un ressort scénaristique. Une intime nécessité dans cette ville où les vivants et les morts se confondent. Soulignons le très beau resserrement thématique de ce roman toujours indiciblement plaisant à lire tant son charme est équilibriste, parvient à imposer un rythme langoureux à ce polar où,  au final, il ne se passe pas grand chose.

Pour tenir la note, la victime prédit l’avenir et, surtout, en dresse créance par des manipulations meurtrière . Une diseuse de bonne aventure hypothèque notre avenir, elle sera ici une usurière  sans autre sanction que celle morale. Ses dernières paroles, proverbe populaire, introduisent cette dimension éthique sans laquelle le polar ne serait qu’un vain divertissement.

La morale déprimé la vanité.  Le printemps du commissaire Ricciardi en met plutôt en scène la douleur. Les peines de la beauté et les sanglants contrecoups de ceux qui la subissent ou de ceux qui s’y croient prédestiné me paraît un thème peu éclairé. Pour ne pas trop en dire, terminons sur un détail légèrement discordant. Dans ce magnifique épisode, la tante Rosa est une exécrable et routinière cuisinière. Elle servira ensuite de vecteur qui truisme gastronomique du polar.

Laissons au lecteur le plaisir de se plonger dans ce parfait polar dont  je ne sais si je suis parvenu à rendre le climat si délicat, la décence ordinaire avec laquelle il traite les humbles et les silencieux, l’aisance avec laquelle le décor de Naples devient partie prenante de l’intrigue. Renvoyons seulement à mes notes de lecture sur L’automne du commissaire Ricciardi ainsi qu’au dernier paru l’indispensable Les pâques du Comissaire Ricciardi.

 

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