La guerre est une ruse Frédéric Paulin

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Un polar tendu, polyphonique et d’une rare efficacité pour dire la complexité de l’Algérie des années 90, surtout dans ses rapports avec la France. Avec une belle maîtrise narrative, Frédéric Paulin ausculte la montée du terrorisme, son instrumentalisation. Dans une langue transparente, La ruse est une guerre offre une magistrale leçon d’Histoire.

Une partie du polar tente de prendre en charge la complexité du monde à une échelle plus globale, avec une multitude de personnages et autant de sources. Parfois cette profusion d’informations lasse ou laisse place à une fascination confuse pour cette violence mondialisée décrit sans distanciation. Je pense ici notamment à DOA dont je ne suis parvenu à finir aucun livre.

La guerre est une ruse échappe à ce reproche par une simplicité didactique assez admirable. L’auteur tente de nous faire comprendre son contexte politique, ses magouilles militaro-politiques sans esbroufe. La connaissance du sujet chez Paulin ne justifie rien. Certes, l’écriture est parfois un peu effacée. Elle se révèle sans tics ni afféterie et évite ainsi l’excès de noirceur. La guerre est une ruse s’en tient au factuel bien assez crade comme ça. La blancheur de la prose évite aussi assez heureusement toute réduction psychologique même si, par contre-coup, les lieux peuvent paraître désincarnés comme en défaut de souvenir. Ceci surtout en regard de 1994 de Adlène Meddi sur un sujet fort proche.

Le grand roman national français a besoin de dates pour se construire et fédérer les citoyens entre eux. Qu’importe si la violence algérienne avait germé depuis longtemps en France.

Le tout début de La guerre est une ruse virevolte d’un personnage à l’autre. On s’y perd délicieuse, les destins se croiseront et s’avéreront un ressort narratif d’une belle efficacité. Comme l’indique son titre, une citation de Mohamed Merah, ça ne s’invente pas, Frédéric Paulin va nous plonger dans la naissance du terrorisme, son instrumentalisation par les militaires algériens et la présence de la France qui y meurt. Au passage, de belles notations sur la saloperie et la duplicité qu’il faut contenir pour comprendre ce genre de manipulation. Frédéric Paulin le rappelle, seul Mitterand et Pasqua peut-être, pas des béotiens en la matière, en étaient possiblement capables. Roman très politique, La guerre est une ruse fait œuvre de pédagogie. Impression de tout comprendre même si, sans doute, je n’en retiendrais pas grand-chose. Des phrases qui interpellent : « Études ou pas, l’intégration est un mensonge de la gauche » et servent à appréhender le point de vue de Khaled Kelkal.

des individus comme des grains de sable, pas plus réactifs, tout aussi incapables de s’extirper de la trop vaste étendue de la terreur.

Ce roman qui se lit comme un thriller, sans trop de raccourcis hâtifs inhérents au genre, démonte la fatalité des attentats terroristes en France. Leur mondialisation n’a alors aucun besoin d’être prophétisée. Frédéric Pequin le fait à travers son personnage de Tedj Benlazar chez qui la duplicité est une seconde nature. La révélation de ses failles, énormes, fonctionne diablement. Il vit dans un tunnel de perceptions reniées, affronte l’horreur comme un fait imparable. Réaliste sans doute : si un agent de renseignement est un  pion (comme François Vallejo déjoue dans Hôtel Waldheim cette comparaison usée) il n’est probablement pas étouffé par les principes ou l’introspection. À sa manière distanciée, certains de ne pas vouloir prendre la parole à leur place, transmet pourtant un amour de l’Algérie, « aime ses rues et ses habitants, l’espoir de ses habitants. » Pour révéler l’insoutenable de ce contexte meurtrier, La guerre est une ruse montre la fatalité par sa manière dont il broie les gens ordinaires. On sort de ce roman légèrement coupable du plaisir pris à le lire.


Merci aux éditions Agullo pour cet envoi

La guerre est une ruse (369 pages, 22 euros)

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