Le Noël du commissaire Ricciardi Maurizio de Giovanni

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Petit cadeau en avance : la parution en poche du cinquième volume des enquêtes dans la Naples fasciste du commissaire Ricciardi. Toujours hanté par les morts, déchiré par ses amours et frappé par la misère, des pêcheurs cette fois, le héros de Maurizio de Giovanni revient avec cette discrétion, cette humilité, et surtout ce profond amour pour sa ville si parfaitement captée. Le noël du commissaire Ricciardi en viendrait presque à vous faire aimer les festivités de Noël.

Parlons d’abord du plaisir coupable de la série, du confort de la poursuite d’une histoire, de la certitude de retrouver une atmosphère plaisante. Paraît que c’est un peu léger pour un lecteur sérieux, paraît qu’il faudrait toujours être remué par des lectures dérangeantes, des univers qui heurtent la continuité prétendue de celui dans lequel, plutôt mal que bien, on s’évertue à évoluer. Et pourtant, malgré mon attention pour les lectures dites exigeantes, cette propension à se pencher sur les livres dont la complexité favorise le commentaire, je goûte ces lectures dans lesquelles je me laisse porter. Question de contraste : s’arrêter sur chaque phrase d’un livre, contempler interdit l’harmonie sonore qu’il s’en dégage ou la folle prétention, pas qu’intellectuelle, qui s’en dégage, pour entendre la grande honnêteté, et sa belle difficulté, à faire simple. Le polar me paraît permettre cette épure : une économie de moyen par la reprise d’une narration qui croit en son histoire pour laisser affleurer sentiments, émotions et indignations.

Un miracle délicat opérer en toute discrétion par Maurizio de Giovanni dans Le Noël du commissaire Ricciardi. Disons-le, une des joies de la série est de repérer l’épisode à partir duquel l’histoire commence à flancher, l’auteur à réduire ses personnages à une conduite automatique, à prétendre surtout mieux que lui à quel moment il aurait dû arrêter. Rien de tout ça dans cette cinquième livraison. Sans doute parce que De Giovanni a le courage de ne pas vouloir se renouveler et sait alors se jouer de la reprise.

Un homme comme tant d’autres, au milieu de la foule. {…} La mienne est faite de vivants  et de morts, d’indifférence et de douleur, de cris et de silence. Je suis un phénomène unique dans une ville peuplée de gens qui sont morts et pensent être vivants, ou de gens qui respirent et pensent être morts.

Peut-être étais-je de bonne humeur, capable pour une fois de se laisser porter sur le récit sans en déconstruire les attendus, mais il me semble que ce volume est particulièrement attractif, peut-être même la porte d’entrée, comme on dit, dans l’univers plein de sensations et de nourriture, de politique et de menaces sous-jacentes, d’intime et de deuil sans solution qui

Petit cadeau en avance : la parution en poche du cinquième volume des enquêtes dans la Naples fasciste du commissaire Ricciardi. Toujours hanté par les morts, déchiré par ses amours et frappé par la misère, des pêcheurs cette fois, le héros de Maurizio de Giovanni revient avec cette discrétion, cette humilité, et surtout ce profond amour pour sa ville si parfaitement captée. Le noël du commissaire Ricciardi en viendrait presque à vous faire aimer les festivités de Noël.

Parlons d’abord du plaisir coupable de la série, du confort de la poursuite d’une histoire, de la certitude de retrouver une atmosphère plaisante. Paraît que c’est un peu léger pour un lecteur sérieux, paraît qu’il faudrait toujours être remué par des lectures dérangeantes, des univers qui heurtent la continuité prétendue de celui dans lequel, plutôt mal que bien, on s’évertue à évoluer. Et pourtant, malgré mon attention pour les lectures dites exigeantes, cette propension à se pencher sur les livres dont la complexité favorise le commentaire, je goûte ces lectures dans lesquelles je me laisse porter. Question de contraste : s’arrêter sur chaque phrase d’un livre, contempler interdit l’harmonie sonore qu’il s’en dégage ou la folle prétention, pas qu’intellectuelle, qui s’en dégage, pour entendre la grande honnêteté, et sa belle difficulté, à faire simple. Le polar me paraît permettre cette épure : une économie de moyen par la reprise d’une narration qui croit en son histoire pour laisser affleurer sentiments, émotions et indignations.

Un miracle délicat opérer en toute discrétion par Maurizio de Giovanni dans Le Noël du commissaire Ricciardi. Disons-le, une des joies de la série est de repérer l’épisode à partir duquel l’histoire commence à flancher, l’auteur à réduire ses personnages à une conduite automatique, à prétendre surtout mieux que lui à quel moment il aurait dû arrêter. Rien de tout ça dans cette cinquième livraison. Sans doute parce que De Giovanni a le courage de ne pas vouloir se renouveler et sait alors se jouer de la reprise.

Un homme comme tant d’autres, au milieu de la foule. {…} La mienne est faite de vivants  et de morts, d’indifférence et de douleur, de cris et de silence. Je suis un phénomène unique dans une ville peuplée de gens qui sont morts et pensent être vivants, ou de gens qui respirent et pensent être morts.

Peut-être étais-je de bonne humeur, capable pour une fois de se laisser porter sur le récit sans en déconstruire les attendus, mais il me semble que ce volume est particulièrement attractif, peut-être même la porte d’entrée, comme on dit, dans l’univers plein de sensations et de nourriture, de politique et de menaces sous-jacentes, d’intime et de deuil sans solution qui trop souvent le caractérise. Avant de parler de Riccirardi, disons un mot de Maione dont la présence dédouble ce dialogue avec les morts, image à l’évidence de la littérature que l’auteur se garde bien de commencer. Maione devient juge contre son gré, dans le seul procès qui vaille, dans ce dilemme morale au centre de tout polar (ultime refuge pour une prose osant encore croire au tragique), celui qui se déroule dans notre propre conscience. Vengeance personnelle contre vengeance différée et incertaine de la justice ; tuer un meurtrier n’est-ce pas le débarrasser de sa culpabilité ? Le roman policier n’a pas d’autres questions a nous poser. Reste à savoir comment il les incarne. De Giovanni sait donner chair à ce deuil : une mère qui sent encore son fils le téter.

Et puis Ricciardi, comme absent à lui-même, à la lettre un fantôme. Mort-vivant comme reflet du romancier qui sert à voir renaître sa ville, ses coutumes, ses symboliques, comme une crèche. Si « Aujourd’hui, la ville était une immense crèche » c’est pour laisser apparaître, à l’image de cette voix des morts entendue par le commissaire, l’ombre de la mort qui plane sur cette reconstitution. Contrairement à L’automne du commissaire Ricciardi ou Le printemps du commissaire Ricciardi ou enfin Les pâques du Commissaire Ricciardi Maurizio de Giovanni gomme l’omniprésence de la Chose. Dans ce volume, les dernières paroles des mourants devient une reprise de codes littéraires : une façon détourner de présenter ses personnages sans trop se répéter. « Argent et sympathie, méfiance et sentiment, contrariété et considération. » L’interprétation des ultimes paroles, ce sens désespéré à donner à l’ultime moment (la littérature sert-elle à autre chose ?) devient l’incarnation même du polar : une interprétation trompeuse des mobiles prêtés à autrui. Celui qui construit la crèche ou détruit les images n’est jamais celui que l’on croit. Le romancier sait toujours aussi bien précipité ses dénouements comme si l’essentiel ne se tenait pas là.

De fait. Le seul vrai crime serait celui contre l’espérance. On retrouve alors pas mal d’enfants. Un des intérêts du Noël du commissaire Ricciardi advient alors dans l’attrait étrange, ce semblant de nostalgie que rien ne nous permet d’éprouver, pour les rites qu’il décrit. J’avais ressenti la même attraction contrariée à la lecture de Bas la place y’a personne : en venir soudain à regretter les rites, les rythmes des saisons, leurs inscriptions collectives. Vieille scie que de laisser accroire notre époque dépourvue de croyance collective, il en reste pourtant l’inquiétude.


Un grand merci aux éditions Rivages pour cet envoi

Le noël du Commissaire Ricciardi (trad : Odile Rousseau, 8 euros 50, 366 pages)

trop souvent le caractérise. Avant de parler de Riccirardi, disons un mot de Maione dont la présence dédouble ce dialogue avec les morts, image à l’évidence de la littérature que l’auteur se garde bien de commencer. Maione devient juge contre son gré, dans le seul procès qui vaille, dans ce dilemme moral au centre de tout polar (ultime refuge pour une prose osant encore croire au tragique ?), celui qui se déroule dans notre propre conscience. Vengeance personnelle contre vengeance différée et incertaine de la justice ; tuer un meurtrier n’est-ce pas le débarrasser de sa culpabilité ? Le roman policier n’a pas d’autres questions a nous poser. Reste à savoir comment il les incarne. De Giovanni sait donner chair à ce deuil : une mère qui sent encore son fils le téter.

 

Et puis Ricciardi, comme absent à lui-même, à la lettre un fantôme. Mort-vivant comme reflet du romancier qui sert à voir renaître sa ville, ses coutumes, ses symboliques, comme une crèche. Si « Aujourd’hui, la ville était une immense crèche » c’est pour laisser apparaître, à l’image de cette voix des morts entendue par le commissaire, l’ombre de la mort qui plane sur cette reconstitution. Contrairement à L’automne du commissaire Ricciardi ou Le printemps du commissaire Ricciardi ou enfin Les pâques du Commissaire Ricciardi Maurizio de Giovanni gomme l’omniprésence de la Chose. Dans ce volume, les dernières paroles des mourants devient une reprise de codes littéraires : une façon détourner de présenter ses personnages sans trop se répéter. « Argent et sympathie, méfiance et sentiment, contrariété et considération. » L’interprétation des ultimes paroles, ce sens désespéré à donner à l’ultime moment (la littérature sert-elle à autre chose ?) deviennent l’incarnation même du polar : une interprétation trompeuse des mobiles prêtés à autrui. Celui qui construit la crèche ou détruit les images n’est jamais celui que l’on croit. Le romancier sait toujours aussi bien précipité ses dénouements comme si l’essentiel ne se tenait pas là.

De fait. Le seul vrai crime serait celui contre l’espérance. On retrouve alors pas mal d’enfants. Un des intérêts du Noël du commissaire Ricciardi advient alors dans l’attrait étrange, ce semblant de nostalgie que rien ne nous permet d’éprouver, pour les rites qu’il décrit. J’avais ressenti la même attraction contrariée à la lecture de Bas la place y’a personne : en venir soudain à regretter les rites, les rythmes des saisons, leurs inscriptions collectives. Vieille scie que de laisser accroire notre époque dépourvue de croyance collective, il en reste pourtant l’inquiétude.


Un grand merci aux éditions Rivages pour cet envoi

Le noël du Commissaire Ricciardi (trad : Odile Rousseau, 8 euros 50, 366 pages)

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