Congo Une histoire David Van Reybrouck

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Optant, autant que possible, pour une Histoire faite de témoignages directs, d’anecdotes, de visites sur place, dans Congo, une histoire, David Van Rybrouck livre une vision jamais simplificatrice mais pourtant simple à suivre de l’histoire, complexe et horrible, du Congo. À la fois récit parfois presque trop journalistique, traité de vulgarisation historique et tentative de comprendre l’institution d’un échec, Congo une histoire passionne et interroge.

Loin d’être simple de rendre compte d’un tel livre. Il faudrait pour cela savoir être simple sans pour autant réduire les contradictions qui apparaissent quand on veut retracer l’histoire d’un pays. David Van Reybrouck y parvient parfaitement. Nous ne nous hasarderons donc pas ni à paraphraser ni à résumer son livre. Le risque de commettre une erreur ou de nous livrer à une approximation semble trop grand. Difficile aussi de parler de ce livre dont les plus de 700  pages (hors les très larges annexes) se lisent, comme on dit, comme un roman. Là gît sans doute toute mon appréhension à parler de ce livre : je lis fort peu de livres d’histoires, je ne suis donc pas certain de saisir les enjeux théoriques de ce livre, moins encore d’en saisir les angles-morts, aucunement d’en critiquer la méthodologie. Peut-être que l’incapacité de parler d’un livre fait toute la valeur du commentaire.

je préfère parler à des gens ordinaires qu’aux personnes au pouvoir, que j’en apprends plus à travers l’anecdotique que la rhétorique.

Reprenons sans nous réfugier dans une incapacité rhétorique. On pourrait alors qualifier la simplicité du style de Van Reybrouck. Avec une insigne mauvaise foi souligner qu’il s’abandonne parfois au facilité rhétorique. Ses paragraphes se referment sur des chiasmes un rien trop oratoires, des facilités journalistiques (métaphores usées jusqu’à la corde mais au pouvoir visuel assuré) au service, néanmoins d’une indignation toujours latente, intact de ne jamais céder à la dénonciation ou surtout à la bonne conscience.  On pourrait, pour approcher le propos, parler de la façon dont le Congo devient une pièce centrale de cette mondialisation dont ce livre montre non pas l’absurdité mais la déliquescence. Sans trop d’insistance, Van Reybrouck montre que finalement le Congo n’est pas en retard mais plutôt en avance. Son actuel état, lamentable, vendu à la bière, à la prière et à la Chine après le FMI, se révélera peut-être le stade ultime de ce néo-libéralisme dont l’Occident est le chantre. Avant que d’en n’être la victime ?

Le plus attirant de ce livre (sans doute le plus critiquable d’un point de vue historiographique) reste l’unité pour ainsi dire tragique qu’il parvient à donner à ce récit. L’histoire du Congo serait le récit d’opportunités manquées. Avec une grande précision mais sans jamais lasser puisque l’histoire théorique alterne avec celle de témoignage avec un joli sens du rythme, David Van Reybrouck montre que les ressources naturelles et minières de cet immense pays l’ont très souvent placé au centre de l’histoire. Du côté bien sûr des exploités puisque l’histoire n’a peut-être au fond pas d’autre centralité.

Le livre s’ouvre sur des visions, peut-être peu utile, d’un habitant du Congo avant son inscription dans une conception occidentale de l’histoire (comprendre avec des traces écrites). Il prend pourtant tout son sens dans sa colère jamais appuyée – les faits suffisent – quand commence sa colonisation. D’emblée l’histoire tient à la mascarade, chaque fois la vision du progrès apporté par l’Occident supportera son poids de catastrophe à venir. Au hasard, le roi des Belges, Léopold, se dessine un empire colonial. La blanche incurie débarque. Le caoutchouc sauvera, en apparence, cette royale comédie. La science apportera ses découpages ethnographiques comme on impose une conscience tribale dont les déchirements agiteront toutes les luttes fratricides à venir. Le Rwanda, tout proche, aiguise ses machettes. Il faut, vraiment en lire le récit détaillé que nous en offre Congo, une histoire. L’état belge reprendra ensuite le flambeau d’une exploitation dont la rentabilité est bien le seul élément à ne jamais faire défaut. Les pages sur les deux guerres mondiales sont d’ailleurs en tous points passionnantes. La hâte ensuite de la déclaration d’indépendance, les germes de la catastrophes, révèlent sous la plume lumineuse de l’auteur ses engrenages tragiques. Le règne de Mobutu, le match de boxe de Mohamed Ali, la folie du Maréchal qu’il faut se retenir de nommer absolu pour ne pas accentuer un des modèles du Maréchal Absolu de Pierre Jourde.

Le vrai naufrage du Congo, selon l’auteur, serait alors avant tout économique. Le dictateur est dispendieux, prodigue jusqu’à l’inquiétant – la menace de chacun de ses cadeaux – et le crédit s’alourdit dans un jeu d’influences internationales dont Van Reybrouck sait rendre le maillage transparent. Che Guevara et Bob Denard. On croit l’histoire connue mais le livre nous en donne toujours une vision incarnée notamment à travers le témoignage d’une des journalistes proches, sous la menace, de Mobotu. Sa folie s’attache au pouvoir, sa succession par Kabila, père et fils, n’apporte aucune promesse. Entre bière et prière, le Congo contemporain révèle son matérialisme comme « l’un des symptômes les plus connus de la pauvreté. » Corruption généralisée, le rôle minable et dogmatique du FMI, la sur-implication des ONG, les évangélistes et les stars de la pop vendue. Résumé trop lapidaire. Toute la force de la prose de Congo, une histoire tient alors à sa capacité à nous transmettre un véritable attachement pour ce pays. Une certaine inquiétude pour la présence, forme compliquée d’un nouveau colonialisme, de la Chine. Et surtout la certitude du ratage, de plus en plus patent même chez nous, de ce modèle économique qui est presque parvenu à se laisser croire sans alternative. Une des solutions modestement suggéré dans ce livre, toujours intéressant, reste cet intérêt pour l’humain, pour son témoignage qui échappe toujours à toute réduction doctrinaire.

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