Les mains vides Valerio Varesi

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Polar moral et mélancolique, Les mains vides, avec une nostalgie appuyée, décrit le basculement de la ville de Parme dans la touffeur immobile de l’été, dans la marchandisation pseudo-festive, dans la délinquance en col blanc. La sécheresse parfois poétique de l’écriture de Varesi laisse écouter ses accords entendus, les flottements de son blues.

Le polar aime capturer les instants de changements, la nostalgie dont ce genre de roman peut alors s’alimenter. On pense ici, pour n’évoquer que le domaine portuaire, au très bon Au bout des docks de Sean Burke ou au Havre rattrapé par la mafia internationale si bien décrit par Philippe Huet dans Une année de cendres. Une part de moi a trouvé la nostalgie à l’œuvre dans Les mains vides un rien flottante, pas assez incarnée peut-être dans le caractère ronchon, atrabilaire mais sans ancrage politique, du commissaire Soneri. La nostalgie elle aussi vieillit. Les mains vides datent, en version originale, de 2004. De quelle fatalité sommes-nous la proie quand on se surprend à affirmer que ce changement a déjà eu lieu ? Sans doute n’est-ce pas tout à fait cela. Certes, comment ne pas en avoir assez de « cette société qui se transformait d’année en année en course par élimination » ? Les mains vides systématisent parfois un rien ce constat de « la frustration d’une ville entière dont la nudité aoûtienne révélait toute l’impudeur et la flaccidité. »

Le reste, les rites de notre prétendue démocratie ne sont que de la dramaturgie, rien d’autre que du théâtre.

En dépit de cette nostalgie envahissante, de son flottement émollient comme la chaleur étouffante dont ne sort pas le roman, sans aucun doute grâce à la discrète poésie dont est infusée Les mains vides, on se laisse prendre à sa mélancolie. Une sensation de l’ordre de celle éprouvée après le vol de l’accordéon à un vieux mendiant. Le morceau de bravoure de ce roman tient alors, à mon sens, dans le très joli dialogue entre le commissaire Soneri et un usurier. Varesi y opère une véritable mise en dialogue de la morale à l’essai dans son roman. Au fond, si le commissaire prétend « remettre un peu d’ordre dans un monde où c’est la tyrannie qui l’emporte », l’usurier, aux premières loges pour contempler la futilité de nos endettements et proliférer malgré tout sur ce constat, affirme que notre conscience « consiste qu’en de vagues convictions sur le monde auxquelles nous avons envie d’être fidèles. » Les mains vides semble particulièrement à son aise dans ce type de grands débats mais aussi dans cette désinvolture mélancolique avec laquelle Varesi envisage les procédures policières. Une distanciation à son personnage ainsi qu’une belle capacité à inscrire ses gestes dans une série que je découvre par son milieu : il s’agit du quatrième volume des enquêtes du commissaire Soneri. Peut-être est-ce d’ailleurs l’objet essentiel de ce livre, le flottement à lui-même par lequel Soneri envisage son enquête et le personnage lui-même qui lui échappe. Difficile d’approcher le charme paradoxal, jamais entièrement convaincant mais souvent attachant, de ce héros dont l’auteur sait jouer de sa normalité. Un idéalisme en demi-teintes, des emportements dont la confusion nous ressemble et surtout cette situation proto-mafieuse qui est, qui sait, le nom de notre capitalisme contemporain, de l’impuissance rageuse pour le moins qu’il suscite.



Un grand merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce roman.

Les mains vides (trad Florence Rigollet, 259 pages, 21 euros)

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