Les trois jours du chat Raymond Penblanc

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Récit de l’étrangeté,  de la confrontation à la claustration, à la mort et à sa mémoire. Dans une langue ciselée et propre à rendre les errances mentales et les écarts oniriques, Raymond Penblanc plonge le lecteur dans l’histoire d’un fils découvrant la mort de son père. Les trois jours du chat révèle alors le poids des silences, de la folie ordinaire d’une famille en déshérence.

On pourrait commencer par une indéniable difficulté à rendre compte de ce livre. Mais il faudrait alors parler d’une possible fatigue de ma part. Pour ne pas avoir à se plaindre, disons une satiété chez moi par un presque trop plein de lecture. Une impression de trop publier. Possible que ce livre ne m’arrive pas au bon moment. Passons, le lecteur se fout de mes états d’âmes. Ou peut-être parviendrais-je à mieux les lui communiquer si je réduisais mon ressenti de ce livre de Raymond Penblanc à une incapacité à en penser quoique ce soit. Un livre face auquel je peine à me situer. Je ne peux pas même prétendre que Les trois jours du chat ne pas toucher, juste que son empreinte déjà se dissipe. Je ne saurais affirmer pour autant que ce récit resserré, intime dans sa capacité à montrer les dérangements d’une folie ordinaire, est mauvais. Juste que sa singularité ne m’a pas emporté. La prose de Penblanc a ses élégances, ses fulgurances, ses joyeusetés stylistiques mais je ne suis point parvenu à entrer en adéquation avec ce fils qui s’enferme dans ce grenier, qui se planque derrière un handicap mental doté d’une très curieuse ampleur de vocabulaire.

je ne peux pas bouger, pas parler, je répète toujours les mêmes mots, je radote, je dégoise, j’extravague, on m’a tranché un bras, coupé une jambe, crevé un œil et les tympans, je ne suis qu’une moitié d’homme, fichez-moi la paix.

Le père meurt, au milieu de sa Ricoré. Le fils est contraint de sortir de son refuge de sous son crâne où il ne peut, pour paraphraser l’auteur, que très peu de monde. Raymond Penblanc parvient alors assez parfaitement à rendre l’enfermement de cette famille dont la mère est morte. Le quotidien apparaît alors dans toute son irréalité, son dénuement aussi dont l’auteur parvient bien à déjouer les pièges du misérabilisme. La première partie de l’admirable roman qu’est Rabot d’Adrien Giraut parvenait à capter la répétition des gestes, l’horreur des formules mais aussi, comme le non moins admirable Le chenil de Laurent Margantin, le basculement dans une horreur cauchemardesque, un déraillement du récit dont Penblanc fait l’économie. Si « autour de nous, la nuit est peuplée de monstres », Les trois jours du chat nous en offre surtout les variations ordinaires par une belle attention à la météorologie. Coincé dans sa mansarde, le narrateur observe la pluie comme un signe pour son action ou mieux encore pour ce regard extérieur soudain apporté par la mort de son père. Il devient alors la matière de ce rêve, de ce flottement dans une réalité à la fois précise et sans contour où nous enferme ce livre. Les souvenirs affluent, les frontières de la mort voudraient s’effacer : « Père protecteur, ainsi ta mort me préserverait-elle de la mienne ? » Le deuil dans son déni, dans son espoir aussi d’un nouveau départ, dans ses émotions aussi car il convient de souligner que, l’air de rien, Les trois jours du chat parvient à nous faire ressentir le poids concret de la perte. Un mot enfin de cette identification féline du narrateur comme pour démontrer que le langage est une question d’absence et glisser, sans finesse, un lien vers ma nouvelle, Après, qui s’empare de ce thème



Merci aux éditions Le Réalgar pour l’envoi de ce livre

Les trois jours du chat (80 pages, 11 euros)

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