Après les chiens Michèle Pedinielli

apresleschiens

Un vrai plaisir, drôle et ancré dans notre inacceptable présent, de retrouver Ghjulia Boccanera. Dans Après les chiens , Michèle Pedinielli plonge sa privée, toujours aussi anar et repoussant plus que jamais la gravité du constat social porté par ce roman dans un humour convaincant comme contrepoint à l’indignation. Un bon roman noir, populaire, engagé.

On avait découvert avec Boccanera, la jolie plume de Michèle Pedinielli. Dans le premier volume éponyme de ces aventures (il paraît dans la collection poche de l’Aube, vous savez ce qu’il vous reste à faire), j’avais été surpris par cette vision enthousiaste, un rien pittoresque parfois, du vieux Nice.  Inscrire la jolie liberté de penser de Ghjulia (pas de gamin, pas d’attache, des amours déçues et des repentirs de l’alcool) dans une série gomme, je crois, l’invraisemblance de l’entraide, cette vie de quartier solidaire à laquelle je peine à croire encore. La récurrence des personnages finit par emporter notre sympathie : la continuité entre Boccanera et Après les chiens est discrètement assurée. Pas indispensable de lire le premier volume pour comprendre le second et surtout pour se laisser absorber par l’atmosphère et libertaire et contestataire de ce volume. Pour donner une image (on pourrait se contenter de celle proposer par l’autrice : Ghjulia se sert de ses antiques Doc comme chaussons), je crois que l’univers de Pedinielli parlera à tous ceux qui, comme moi, ont été élevé au Poulpe. Une génération que l’on disait alter-mondialiste et qui se trouve maintenant qualifier, par les forces de la réaction, de gauchiasse et autres joyeusetés. Avec sans doute un peu plus de tenues, moins de calembours aussi, Après les chiens reprend la structure simple de ces romans : la lutte contre le fascisme avec un livre à la main et une intrigue qui consiste essentiellement à s’en prendre plein la gueule. Le roman noir à la française quoi. Ghjulia meuble les contre-temps de son enquête (on poserait presque l’hypothèse qu’un polar réussi s’écrit dans les vides de l’intrigue, entre deux rebondissements) en lisant du Camilleri. Le contre-sommet de Gênes. Toute une génération vous dis-je… Et déjà, chez les plus lucides se devinait l’impuissance face à des flux migratoires dont Pedinielli fait le centre de son roman.

On est légers de cette absence de force supérieure. Mais parfois on a besoin de transcendance nous aussi.

Il faudrait quand même parler de l’essentiel : le style de ce roman. Acéré, ne dédaignant pas la chute de phrase comique et la comparaison décalée (l’infusion au glyphosate pour parler du citron dans les « eaux qui piquent » qui picole Ghjulia)  mais toujours avec la sûreté du regard. Par un raccourci un peu honteux, on serait presque tenté de la dire vécue. Ghjulia en tant que version améliorée de l’autrice ? Audace de l’analyse. Soulignons seulement que son indignation jamais ne sonne faux, toujours empathique pour cette terre d’immigration que doit rester Nice et pas que bien sûr. Avouons d’ailleurs avoir pensé que cette intrusion de l’Histoire, de la seconde guerre m’a d’abord paru une comparaison un poil poussive. Pourtant, le récit en contre-point fonctionne et donne une autre image de Nice qui, à l’évidence, est le vrai personnage des polars de Pedinielli. Une contrée où la frontière est une convention, un endroit où un petit politique peut s’imposer expert dans la sécurité et la peur qu’il veut instaurer partout. Il faut quand même dire un mot sur la chute, dans son sens le plus littéral, par laquelle l’autrice joint ces deux histoires : amusant comme un dénouement loin d’être l’essentiel. Avec du Aragon dedans et quand on sait la difficulté à se procurer du réséda…



Un grand merci aux Éditions de l’Aube pour l’envoi de ce roman.

Après les chiens, 249 pages, 17 euros 90)

https://viduite.files.wordpress.com/2019/05/crevel-cenotaphe-1.gif

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s