L’ange déchu Howard Fast

9782743644802

Éloge de l’étrangeté au sein de la normalité, portrait d’une Amérique amnésique, criminelle. L’ange déchu est un de ces polars où l’atmosphère, la solitude des sensations du personnage persécuté, un narrateur exemplairement peu fiable, priment sur une intrigue où s’impose néanmoins la vision d’Howard Fast. Un roman malin, haletant.

Le roman noir américain à son meilleur est toujours porté par une vision sans concession. Elle est faite, peut-être surtout au passé, d’une certaine marginalité. Il faut sans doute se sentir un tant soit peu exclu pour porter un jugement. Pourchassé sous le maccarthysme, Howard Fast parvient dans ce polar à nous donner une image de l’hypocrisie de cette société états-uniennes. Aperçu saisissant de la vie de bureau, de sa politesse et de son étouffante normalité. Si L’ange déchu est un roman si malin c’est qu’il laisse aussi entrevoir la facilité de ce jugement et le présente comme une reconstruction. Difficile pour le lecteur, autre isolé affamé de jugement critique, de ne pas se reconnaître dans cet « univers lugubre où les  gens de mon espèce n’avaient guère en commun que leur désarroi. » Le ressort dramatique de L’ange déchu, une assez invraisemblable amnésie que Fast sait nous faire avaler, met en perspective les jugements définitifs de l’auteur

vous et les gens comme vous, et toute l’aimable et terrible inanité d’une vie passée dans un pareil endroit, à jouer les experts commerciaux, à écouter vos stupidités simplistes et vous simplismes stupides… ni honneur, ni vertu, bien peu de joie, et la monstrueuse, la fébrile mesquinerie de vos sales petites infidélités, parce que, vous comme moi, n’avez ni amour ni foi ; autant dire rien. La seule différence, c’est que vous la chance de ne pas vous en rendre compte. Moi si.

Quand il fonctionne, le roman noir prend au piège de l’identification avec le personnage principale, de sa psychologie qui toujours se traduit en acte. Howard Fast sait en souligner les arrangements. Une des parties les plus plaisantes du roman tient à l’avant de l’intrigue. Constat de solitude et d’absurdité, attente d’une illumination qui survient, ici, lors d’une panne de courant. Howard Fast joue alors des codes qu’il semble avoir inventé : la rencontre avec une femme fatale qui le confrontera à ses propres mensonges. Nous touchons-là au sujet même du roman : toute personnalité reste un mensonge. L’ange déchu est un roman noir étonnamment psychologique comme en témoigne, entre autre, cette rencontre avec un psy. Puis vient, immanquable, la figure du détective privé. L’auteur traite ce masque avec une jolie distanciation fort heureusement rapidement rattrapée par le rythme du récit. Le roman se fait captivant précisément dans ce moment où les illusions chancelle : un univers de bureau qui n’existe plus, le mensonge d’une routine. Howard Fast offre alors une réflexion sur le mal en insistant, par le titre, sur la participation de celui qui nous raconte l’histoire. On peut alors parler d’une véritable vision du monde de l’auteur telle qu’elle paraît dans le dénouement : nulle rédemption pour une culpabilité partagée, seulement, peut-être, la possibilité de l’oubli.

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