Et à l’heure de votre mort Jacques Côté

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Une histoire de la folie mêlée à celle de la médecine légale par le prisme du positivisme. Malgré un ton un rien didactique parfois sur la situation de la science, sur l’Histoire politique et sociale de Montréal en 1894, Et à l’heure de votre mort se révèle un polar sympathique. Jacques Côté, dans un style discret, parvient à rendre un climat et cette confiance éperdue dans le progrès qui n’oublie pas de se confronter à l’irrationnel.

L’irrationnel, le comportement  qui soudain sort de nos schémas de penser, le contact avec un Autre radicale, créent une sourde fascination chez le lecteur. Ce tropisme de la folie se scinde en deux attitudes, pour ne pas dire deux esthétiques : soit le malaise par l’appropriation du délire et de l’hallucination (il en existe pléthore d’incarnation : Des voix de Manuel Candré, Le chant de la mutilation de Jason Hrivnak ou Menaces d’Amelia Gray), soit l’auteur se réfugie dans la rationalité et met à distance cette folie dont il offre alors une possible compréhension. Jacques Côté permet au moins au lecteur de comprendre à quel point cette folie qu’on enferme – par un très joli et renseigné portrait de la situation asilaire au Québec – dépend d’une époque, en est d’ailleurs peu ou prou la face négative. Nos rêves, nos distances à la réalité et donc les pathologies qui en découlent sont liées à notre culture, au contexte socio-économique d’où elle s’élance.

Mais ces dérives permanentes de l’esprit sont en fait d’une tristesse infinie. Elles m’infligent un affreux mal à l’âme et me mettent face à une mission que la médecine seule ne peut emplir. Je me sentais impuissant devant cette calamité de l’esprit.

Montréal, 1894, la religion est une obsession centrale. Elle contamine la folie qu’on enferme, ses représentations hallucinatoires en sont profondément marquées. Le titre l’indique, le culte mariale sera au cœur des obsessions de cet « opérateur criminel. » Jacques Côté souligne d’ailleurs la ségrégation sociale qui entre dans la religion de cette région divisée entre catholiques et protestants, anglophones (riches) et francophones (pauvres).  Comme dans Bondrée d’Andrée A. Michaud les langues s’amalgame, l’anglais introduit de belles résonances. Et à l’heure de votre mort empli la part sociale indispensable à tout bon polar en montrant différents milieux. Avec un regard peut-être un rien trop contemporain, le roman s’embarque dans une réflexion sur l’avortement et sa meurtrière pratique clandestine. Sans solution ni jugement de valeur, Georges Villeneuve (un médecin qui a réellement existé) par son improbable double-casquette d’aliéniste et de médecin-légiste, sera alors pris dans une intrigue plutôt bien tenue dont on devine les culpabilités qui sont habilement, pas entièrement, détrompées.

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