Le soleil sur ma tête Geovani Martins

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Les accents des favelas, la retranscription de leur langue pour donner une image de la violence et l’espoir qui, malgré tout, y survit. Dans les treize nouvelles du Soleil sur ma tête, Geovani Martins parviens à nous faire pénétrer dans l’esbroufe et la peur, l’humour et cette sourde terreur sur laquelle se construit la tension ramassée de chacune de ces très belles nouvelles.

Pour parler de ce recueil, il faut catégoriquement rendre grâce au si fin travail de traduction de Mathieu Dosse. De fait, Le soleil sur ma tête marche sur une fragile ligne de crête : il tend à restituer cette oralité dont se constituent nos monologues intérieurs. L’observation, la connaissance intime des favelas dont Geovani Martins passe alors par une périlleuse appropriation du langage particulier de ses habitants. Un dialogue qui sonne faux et tous le récit, surtout quand il est aussi bref que ces nouvelles, s’écroulent. L’auteur, et la finesse de son traducteur donc, sait ne pas en faire trop. Il nous rend assez familier un argot dont la compréhension n’est jamais ralentie. Ce rapport à la langue, cette connaissance de la poésie, de sa répétition mais aussi de ses limites, permet alors à Geovani Martins d’introduire l’exacte distance à ses personnages. Il me semble que ce soit une des pires tares de la littérature française que de ne savoir s’immerger dans un milieu populaire sans sombrer dans la condescendance ou l’observation sociologique. Dans Du soleil sur ma tête jamais il ne s’agit de montrer la bêtise de ces personnages plutôt de décrire la fatalité dont ils, tous, la proie. On sait que ça mal finir, que c’est une belle connerie, une force obscure pousse chacun des protagonistes à s’y précipiter. On touche alors à l’économie même des nouvelles de Geovani Martins : dans chacune de ses nouvelles, toujours dans cette empathie d’un monologue intérieur à la première personne, le mécanisme de la menace se trouve mise en place. Toute la profonde humanité de ce recueil, qui jamais ne sombre à un excès de noirceur ni ne se complaît à la violence pour se concentrer sur la pluralité si commune du quotidien, est de suspendre toujours sa conclusion fatale. Le soleil sur ma tête fait alors preuve de la fragilité de l’espoir et offre de très belles images de tout ce qui nous pousse malgré tout à continuer.

Notre douleur, notre addiction, notre honte, tout ça est très éloigné des autres.

C’est sans doute justement par sa précision en connaissance de cause que Le soleil sur ma tête parvient à dépasser son objet, à ne pas parler seulement des favelas, à se complaire dans le misérabilisme. Geovani Martins fait de chacun de ses récits « comme une vie entière ». Sans avoir à appuyer ni à commenter le lecteur prétend assister à un instant décisif surtout par la difficulté à le communiquer à autrui. On fume de la « verte », on craint la flicaille, on se laisse prendre à la spirale de la violence quand on suit quelqu’un, on cache des corps mais surtout on continue à croire que « désormais, tout sera très différent. »  Geovanni Martins fait exister chacun de ses personnages que ce soit un tagueur qui veut se retirer, un garçon qui vit sa première journée au collège, une bande de gosse fascinés par l’ « odeur de macumba, de vaudou » d’une étrange villa. Il laisse entendre d’ailleurs une étrange fraternité entre ces différents niveaux de misère. Une commune humanité serait une conclusion facile. Et pourtant…



Un grand merci aux éditions Gallimard pour l’envoi de ce livre.

Le soleil sur ma tête (trad : Mathieu Dosse, 133 pages, 15 euros)

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