La soupe d’orge perlé Ludmila Oulitskaïa

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Les tourments de l’enfance comme révélateurs d’une Histoire russe. Entre fausse naïveté et cette vraie précision qu’a l’incompréhension enfantine, les trois nouvelles de La soupe d’orge perlé se révèlent d’une beauté sombre et pleine d’empathie. Ludmila Oulitskaïa y montre tout son talent pour entremêler l’intime et l’horreur collective.

Après cette grande découverte que fut L’échelle de Jacob, je découvre avec plaisir cette brève, et peu onéreuse, sélection de nouvelles, de Ludmila Oulitskaïa. On retrouve ans La soupe d’orge perlé la grande capacité de l’autrice à planter une situation en quelques lignes, à décrire des personnages dont le portrait vaut, en creux, inscription collective. On retrouve surtout ici une très grande nouvelliste qui saisit des fragments de vie, des instants décisifs décrits avec une vraie finesse. On devine un contexte qui permet de dépeindre l’Histoire russe que ce soit la mort de Staline (et le complot des médecins et l’antisémitisme de l’URSS) ou d’une fête collective qui devient prétexte à chasser tous les mendiants. Tout cela derrière le regard des enfants comme métaphore de la position de l’écrivain.

une existence fictive et harmonieuse dans laquelle le jeu, en corrigeant la réalité dont on n’est pas satisfait, la transforme en quelque chose de plus juste et de délicieusement malléable.

L’autre lien entre toutes ces nouvelles reste cette empathie en marge du pouvoir totalitaire. La soupe d’orge perlé qui donne son titre au recueil est celle par laquelle ce plat très populaire (il me semble d’ailleurs que Bas-là place y’a personne de Dolores Prato évoquait aussi ce plat pauvre tant il prend des heures à cuire) ouvre un peu d’entraide, de duperie aussi. Dans cette belle nouvelle, l’autrice nous fait voir les logements collectifs, la pauvreté chassée mais aussi les suicides masqués. Ce regard sur l’enfance n’est jamais naïf, il n’en ignore ni les douleurs ni les persécutions. La nouvelle « La varicelle » nous montre la manière dont les enfants reproduisent le monde et savent, au fond, la tristesse de cette illusion qui jamais ne tarde à nous rattraper. Il faut vraiment découvrir ces trois textes qui donne très envie de découvrir l’intégralité du recueil, Un si bel amour et autres nouvelles, dont elles sont extraites.



Un grand merci à Folio Gallimard pour l’envoi de ce recueil

La soupe d’orge perlé (trad : Sophie Benech, 101 pages 2 euros)

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