Femmes Blafardes Pierre Siniac

9782743649197

Autopsie sévère d’un bled de Vendée, de ses engrenages meurtriers et égrillards. Avec un humour très noir, un amusement indéniable aussi, Pierre Siniac enferme le lecteur dans ce microcosme sordide, si humain, où l’immuable et ses rythmes, le désir dégueulasse aussi, conduit à une série de meurtres. Flemmes blafardes en démonte une horlogerie savante pour plonger le lecteur dans une atmosphère pesante et puissante.

On va le dire comme ça : Femmes Blafardes est un roman apte à saisir, sans jugement, avec même cette distanciation du pessimisme, toute une époque. La Vendée à la toute fin des années 70. La province dans toute son humble horreur mais surtout dans sa recréation comme un milieu forclos, un lieu idéal pour un polar. On pense à Maigret dans cette façon de se plonger dans une vie à l’écart des grands axes, à l’écart du pouvoir mais pas des jeux de dominations qui s’y exercent. Pierre Siniac parvient à nous le rendre familier. Désagréablement même parfois tant son effort sur la langue et sa façon de travailler les pensées de ces personnages nous donnent à entendre leurs obsessions minables. Aujourd’hui la fascination pour la prostitution, plus qu’une tolérance une quasi justification, la mise à nu de l’obsession sexuelle heurte un peu le lecteur. Loin de moi l’idée que nous soyons devenus plus prudes, limites pudibonds. Après tout le polar sert de révélateur à nos pires comportements. La bouffe et le cul dansent une valse meurtrière, la France quoi. Aucun surplomb chez Siniac, la dénonciation est plus fine, elle interroge surtout nos participations implicites. Avouons tout de même avoir pensé que caractériser son personnage de détective Séverin Chanfier (il faudrait pousser l’analyse de la dénomination mi-caricaturale mi-réaliste de tous les personnages) en tant qu’obsédé sexuel alourdit le propos. Le propos de Siniac peut alors paraître un peu confus et interroge justement parce qu’il met à l’aise : une certaine tolérance pour le désir, une hypocrisie sur la sexualité centrale dans tous les actes de ses tristes sires (les femmes n’en sont point épargnées), comme régulateur sociale: canalisons les pulsions et l’ordre du monde, sa production déjà chiffrée et qu’il ne s’agit de pas voir baisser, en sera stable. On en est là. Femmes Blafardes travaille alors sa langue, une façon de capter les pensées de chaque personnage comme dans un dialogue avec lui-même dont aucun terme ne sonne faux. On peut alors penser que c’est la langue elle-même qui a servi de clé à l’intrigue. Au centre de tout, le centre culturel Raymond-Roussel : on se demande alors si l’auteur n’a pas construit son livre pour en venir, comme l’auteur d’Impressions d’Afrique, à l’expression « Jack l’éventeur »

Contrairement à ce qui était admis jusqu’à  présent, ce ne sont pas les grands faits, les grandes machineries qui ont du poids.. mais les petites choses médiocres… les scories…dont l’accumulation… Bref !

Le dénouement de l’histoire, qui prend son temps pour s’installer, semble un peu se perdre dans les détails, installe tranquille son atmosphère, a alors quelque chose de profondément jouissif. Un enchaînement de faits, une manière de comprendre comment la peur du meurtre, le tueur en série lui-même, sert l’ordre social. On ne peut s’en passer. Femmes Blafardes dans son constat social et politique devient alors un vrai roman noir, sans espoir.



Merci aux éditions Rivages Noirs pour l’envoi de ce roman.

Femmes Blafardes (285 pages, 8 euros 70)

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