Derrière la gare Arno Camenisch

derrierelagare_plat1-886d481ed0b3e7cc049c0143dec1861b

Vie d’un village à hauteur d’enfant où les visions et les mots se confondent en autant de saynètes où Arno Camenish saisit l’essentiel : l’inexorable disparition de cet ordinaire si ironiquement restitué dans Derrière la gare. Un roman à la drôlerie incisive qui jamais ne commente cette sortie de l’illusion, du confort d’un monde clos dont l’auteur laisse entendre toute la brutalité, : la fin d’un monde, celle de l’enfance.

Derrière la gare nous présente un univers singulier, arrêté ou peu s’en faut, figé en des instantanées dont l’auteur restitue l’absence de solution de continuité. Fantasme du monde d’avant, de sa réalité villageoise, de son insidieux abandon aussi de ses rites et ses saisons paysans. Départ, perte, blessure et mort hantent Derrière la gare telles autant de réalité dont le narrateur, garnement attachant à la lucidité de Gavroche, rend compte pour ainsi dire sans s’en rendre compte. En écrivain accompli, pourtant, l’objet même du roman d’Arno Camenish fixe avant tout la perte du langage. Instant de basculement où la réalité compacte d’un mot ne forme plus un tout, une identité intangible et fautive, une sorte de patois que l’on peut se croire propre, une langue que l’on parlerait à soi seul. Saluons alors le très joli travail de traduction de Camille Luscher qui donne à sentir la langue d’Arno Camenish. Mélange de langues, de termes étrangers aux sonorités italiennes, de termes recomposés par leur aspect aboli, extravagant: tout pourrait être si évident. Un exotisme familier, inquiétant, des surnoms et des silhouettes ; l’enfance et ses attentes. On est en plein dedans, sans issu, avec un rien d’égarement. Ce bref roman, moins de cent pages, plonge dans les relations des deux frères, de leurs conneries pas si innocentes et surtout l’intimité ainsi dévoilée. La culpabilité en sous-main, qui sait l’apprentissage de ses propres responsabilités dans des scènes frappantes de nous livrer aucune morale préconçue : un lapin qui bouffe ses petits parce qu’ils ont été touchés par les deux frères. Maladie et accident, l’amour pour Silvana aussi comme une possibilité dans une très belle relation avec une petite fille. Non sans maladresse. Pourtant, l’humour reste la force principale de ce récit de l’infra-ordinaire, de sa mauvaise foi et de sa culpabilité si bien mise en lumière par ce gamin remuant. La poésie, elle-même n’échappe pas à ce ridicule, à la sympathie surtout portée par l’auteur à tous les personnages de cette comédie grinçante.



Merci aux éditions Quidam pour l’envoi de ce roman.

Derrière la gare (trad : Camille Luscher, 93 pages, 12 euros)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s