La cité des rêvesWojciech Chmierlaz

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L’avenir que l’on se construit, celui qu’on subit quand tout déraille. Wojciech Chmierlaz poursuit sa dissection empathique, brutale et tendre, de la société polonaise. Son talent de conteur, son sens du rythme et de l’intrigue lui permet dans ce quatrième volume des enquêtes du commissaire Mortka de ne pas se contenter de son thème de départ, l’immigration ukrainienne. Critique acerbe du journalisme et de ses liens avec le pouvoir, mafieux ou politique, de l’illusion des start-ups, à travers la place laissée à ce groupe d’enquêteur La cité des rêves se révèle un roman sur nos illusions dont le désir de justice n’est pas le moindre.

Au hasard – ou presque – des réceptions des Services de Presse, ce carnet de lecture se trouve comme saturé de lecture de polar. Une sorte de contraste avec ce plaisir de lire, cette joie de se laisser prendre aux ficelles du récit, qu’il convient, je crois, de ne jamais perdre de vue à l’écriture d’un roman. L’homme veut qu’on lui raconte des histoires. Il aime parfois qu’elles parviennent à l’évidence de la simplicité, qu’elles révèlent alors un je ne sais quoi d’indistinct et de commun. Non tant une peur qu’une façon de l’apaiser, non de la disperser mais tenter de la comprendre en la reflétant sur différents personnages. La Terreur et la Pitié, une rhétorique de la catharsis qui ici aussi fonctionne encore parfaitement.Il est dans les romans de Wojciech Chmierlaz une profondeur bien planquée, une réflexion sur nos façons d’affronter nos existences qui trouve toujours à s’incarner dans des situations.

Tu sais ce que je pense ? Je pense que personne ne s’y intéresse vraiment. Je pense que tout le monde court avec son harpon, mais on en fait on préfère tous que la grosse baleine blanche reste bien au fond du marécage.

On court après des fantômes, des principes et des apparitions. « Mortka et son sens de la justice. Triste et pitoyable. » Humain surtout dans sa façon où son efficacité intervient à comme à contre-temps, presque avec un espoir de rédemption. Le secours vient d’où on ne l’attend pas. L’inspecteur Kochan revient après avoir tabassé sa femme. Il se replonge efficacement dans de vieux cas. Comprends l’attachement à son bureau. La colombienne abordait assez finement la violence faite aux femmes, Wojciech Chmierlaz y trouve une sorte d’issue que je laisse au lecteur le plaisir de découvrir. Le Kub, l’inspecteur Mortka, lui continue à enquêter, à avoir des liens douteux, la même surbordination d’ailleurs qu’entre harcelé et harcelleur, avec un mafieux local. Comme dans L’enfant de février d’Allan Parks  cellui-ci à mal au dos. D’étranges points communs dont il n’est pas grand-chose à conclure. Hormis sans doute, le ressort narratif imparable que créent les différentes histoires de la Cité des rêves. Un ancien politicien, remercié par son parti après avoir participé à la reconstruction de la Pologne, un détestable jeune homme plein d’ambition et de morgue. Paumés et agissant à contre-temps. Wojciech Chmierlaz parvient alors à nouer une intrigue dans laquelle, simplement, avec exactement ce qu’il faut de regard social, on se laisse simplement happer. Un plaisir de lecture, rien d’autre.



Un grand merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce roman. Les opus précédents sont à retrouver ici : La colombienne, La ferme aux poupées, Pyromane.

La cité des rêves (trad : Erik Veau, 380 pages, 22 euros)

 

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