Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu Pierre Terzian

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La vie des mioches n’est pas moche, le Québec par un remplaçant, par une vision sur ses crèches des quartiers populaires, sur leur abandon par les politiques. Avec une vivacité désinvolte, Pierre Terzian donne à son récit d’intermittent dans les garderies québecoises la spontanéité d’une authenticité qui touche. Davantage que son humour, c’est le regard social de Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu qui séduit.

Pierre Terzian se livre ici à un exercice équilibriste dans ce petit livre fragile. Disons une sorte de confession d’un écrivain qui, dans une tradition très anglo-saxonne, va au travail pour en rapporter un témoignage direct, pas très loin d’une pratique de non-fiction. Au fond, Ça fait longtemps qu’on s’est pas connu tient par ses coupures, fondus au noir d’un autre appel de pour l’envoyer vers une autre mission. Il en ressort une manière de désinvolture qui permet au roman de Pierre Terzian d’échapper à la leçon de morale, à la dénonciation à laquelle l’intenable de cette situation sociale laisse pourtant place. On peut penser, je veux le croire, que le narrateur s’empare de cette distance pour fuir tout pathos. Éviter l’attachement à ces gamins que l’on dit difficile, en jouant – au sens propre – à faire un peu n’importe quoi, à essayer autre chose, à se soustraire un peu aussi à l’optimisme de pionner d’un pays dont il livre un portrait doux-amer.

Avouons n’avoir pas été toujours également emporter par l’humour de l’auteur. On se dit qu’on est vraiment devenu un vieux con quand on se surprend à le trouver un rien vulgaire. S’en foutre éperdument qu’on parle de bibite et de merde, aimer moins l’ombre de suffisance que l’on y devine parfois. Façon, encore une fois d’interroger la posture de l’écrivain dont se joue Pierre Terzian : un être de passage qui se permet d’émettre un jugement avant de se barrer, voit tout en touriste dans l’évitement de l’implication personnelle. Une manière de se moquer de soi-même.

Qu’importe au fond : le tout est dans le passage et son effacement. Le livre se lit d’un souffle, assez admiratif pour son rythme qui enchaîne les portraits saisissants.  À peine et-il alors utile de préciser la réalité sociale ainsi mise à nu. L’enfant-roi par l’exigence perpétuelle de l’image, à moins que ce ne soit par l’ennui. Pierre Terzian parvient alors à donner la voix à ceux que l’on n’entend pas. Rendre grâce à tous ceux qui ne passent pas, luttent contre le démon du burn-out. Et surtout les enfants, fonceurs et drôles, vivants et insupportables, attachants dans ce rapport de lutte à l’adulte. Le fric manque, tout le monde s’en fout. Lisez ce livre éminemment divertissant : c’est ça qui est ça. La vie continue, un jour après l’autre, autant tenter d’en sourire.



Merci à Quidam éditeur pour l’envoi de ce livre.

Ça fait longtemps qu’on s’est jamais connu (233 pages, 22 euros)

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