La fabrique de la terreur Frédéric Paulin

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Mécanismes et impuissances du terrorisme, l’inexorable montée du djihadisme, du départ de jeunes hommes vers la Syrie, des attentats contre Charlie, le Bataclan. Frédéric Paulin retrouve ici son habileté haletante à entremêler le destin des personnages et l’Histoire qui les happe. La fabrique de la terreur démonte les rouages des peurs de notre époque.

Curieuse réaction à la lecture du dernier tome de la magistrale trilogie de Frédéric Paulin : l’horreur s’efface, sait si bien nous faire croire que nous sommes passés à autre chose, à une autre forme de terreur. On ne parle plus guère de la terreur islamiste, cette panique corroborée n’est plus agitée. Pas certain que cela veuille dire qu’il ne se passe rien. Tout ceci nous échappe, les livres de Frédéric Paulin parviennent pourtant à nous en offrir une compréhension, à occulter leur aspect profondément documentaire dans un maelström très visuel (on s’étonne que cette trilogie ne soit pas adaptée en série) de personnages et de situations dont ce dernier tome souligne les impasses. L’échec, la violence, l’échec de la violence ; sempiternelle spirale.

Sa vie professionnelle a été une suite d’incapacités à empêcher le pire, sa vie familiale n’a été que déni et fuite. Un mot résume son existence : l’échec.

Et pourtant un sentiment de familiarité, une compréhension, pour ma part, décalée. Par ma faute s’entend. Après La guerre est une ruse, le hasard des Services de Presse, je n’ai pas lu Prémisses de la chute. Pour plus tard, pas si grave tant cela donne l’occasion d’attester qu’il est parfaitement possible de lire La fabrique de la terreur sans avoir lu les autres livres. On peut d’ailleurs se demander si, une fois la trilogie terminée, il ne serait pas envisageable de la (re)lire à rebours. La fabrique de la terreur est clairement le roman de la désillusion et du désenchantement. Les personnages vieillissent, leur impuissance les pousse vers la retraite. Tout le talent de Frédéric Paulin me semble venir de son aptitude à saisir un personnage, sa misère et son absence d’échappatoire. À ce titre La fabrique de la terreur constitue un document précieux sur l’après des printemps arabes. Paulin nous plonge dans la Tunisie en lutte contre Ben Ali. Il invente un personnage, Wassim, vendeur d’essence de contre-bande qui se laisse prendre à l’islamisme. Le roman sait nous faire entrer dans cette absence d’alternative, ce choix un peu par défaut.

Au fond, l’intérêt de ce roman, pour moi, n’est pas tant dans ses personnages français, son autopsie des impuissances des services secrets français avec le beau personnage de Laureline Fell, ou de l’incapacité journalistique à saisir le problème avec Vanessa Benlazar, à l’impuissance surtout des intuitions de ses deux femmes non écoutées par la bureaucratie française, que dans l’aptitude de l’auteur a donné toute son empathie à des destins populaires. Pour faire comprendre, l’enchaînement entre les révoltes du printemps arabe, la Libye puis la Syrie, Frédéric Paulin fait circuler Wassim dans ces territoires de chaos, de faux espoirs d’un califat. Avec le personnage de Simon, un jeune type un peu paumé, La fabrique de la terreur met le doigt sur l’engagement de jeunes français dans le djihad. Son tournoiement narratif, le point de vue passe d’un personnage à l’autre, d’un pays à l’autre, permet de ne pas s’attarder et surtout ne pas s’hasarder à livrer des jugements de valeurs. Juste des profs dépassés, des gamins en mal de communauté. Et le pire arrive. Pour clore sa trilogie, Frédéric Paulin fait montre d’un profond pessimiste. On peut sans doute l’attendre, face à la somme de renseignements mis en scène dans ce roman. Son parti-pris de coller à la réalité, certes, l’autorise guère à l’optimisme. Le dénouement néanmoins suspend la fatalité de la violence, de son lien profond avec la propriété privée. Un roman éprouvant, juste et impitoyable.



Merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce roman.

La fabrique de la terreur (342 pages, 22 euros)

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