Rouge Pute Perrinne LeQuerrec

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Donner voix aux silences faits aux femmes, dire la violence et ses peurs, tenter de trouver les mots de l’après, du trauma, de la reconstruction. Dans une série de poèmes, où la langue sans apprêt mais à nu l’insoutenable, Perrine Le Querrec porte le témoignage de ces victimes, ces femmes battues rencontrées dans un centre dédié. Rouge Pute ou comment la poésie n’est pas un renoncement, le corps à corps avec ce que l’on sait mais que l’on refuse de voir.

On pourrait partir d’une situation un rien paradoxale, représentative en cela, qui tiendrait à ce que nous ne voulons pas dire. Je le disais à propos de L’obscur de Philippe Testa : je ne souhaite pas particulièrement parler du confinement sanitaire actuel. Non que, comme tout un chacun, je n’en ai rien à dire, seulement je me vois agité par l’assurance de n’avoir trouvé ni la forme ni la langue pour évoquer cette situation, ce qui la dépasse, la répète, la reflète, la comprend. D’autres mieux que moi… Pourtant, Rouge Pute me contraint à avoir une pensée pour toutes les femmes battues pour qui le confinement doit être une horreur, une espèce d’enfer – pire que d’habitude – pour lequel les mots me manquent. La poésie de Perrine Le Querrec remplit cette gageure : émettre les mots justes, inventer les rythmes évidents pour rendre le banal (insoutenable et pourtant répétitif) de cette violence faite aux femmes. Simplement, comme on s’efface pour porter un témoignage. Il est une force primale, sans frime, dans ces poèmes où ce qui est en jeu apparaît aussi la violence du langage, la coercition de sa domination imposée par ses questions, prémisses aux coups.

Refuser la violence, la mort tous les jours.

Les mots me manquent : la poésie commence sans doute quand on affronte cette béance. Il y aurait une absurdité, obscénité, à disséquer la versification de l’autrice (une absence de ponctuation pour faire entendre urgence et ressassement de la violence conjugale). « Silence ma détresse, je saigne. » Serait-on plus juste, comme toujours l’est Rouge Pute, si on évoquait la concentration à l’os à laquelle parvient l’ensemble de ces poèmes ? « Une vie de fugitive, ça ne s’explique pas ». Perrine Le Querrec ne systématise pas : il serait douteux de prétendre que sa poésie parvient à éclairer l’essence de la violence faite aux femmes. Sans solution de continuité, elle empile les témoignages, laisse au lecteur le soin de comprendre leur ressemblance. « Victime, un mot qui compte, le mot juste ». Ce recueil offre alors une plongée dans cette douleur cachée, que les victimes ne parviennent pas à faire reconnaître. « Sachez /Que la descente aux enfers jamais ne se termine ». Ce livre offre une possibilité de le faire, dégonde une porte vers l’infiniment douloureuse possibilité de se reconstruire. Poser une couronne d’infamie sur la tête des bourreaux, remettre du rouge à lèvres, tenter, malgré la peur à l’intérieur, de se croire forte. Continuer.



Merci aux éditions La Contre Allée pour l’envoi de ce livre.

Rouge pute suivi de La couronne (88 pages, 15 euros)

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