Terres Brûlées Eric Todenne

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Ardents déchirements de la terre, récidives pyromanes vengeresses dont les coupables ne sont jamais ce que l’on croit. Dans ce polar très classique sur sa forme (le flic et ses vinyles, ses problèmes relationnels et d’alcool), l’intrigue déplace les frontières du passé. Terre brûlées propose un dénouement d’une belle ambivalence, Eric Todenne signe ici un polar plaisant.

Se couler dans une agréable impression de déjà-vu. L’ombre de la seconde guerre-mondiale, le flic un peu paumé, bougon et qui tente de ne pas se laisser rattraper par la nostalgie ou ses relations ambivalentes avec une psy qui intègre son service et son enquête. Le polar et ses codes : il en découle ici un simple plaisir de lecture, se laisser prendre à une intrigue où l’atmosphère, pour connue qu’elle paraisse, s’efface comme si elle s’imposait. Nancy, sans grande description, comme si on y vivait. Une façon de resserrer la narration sur ses personnages. Un bistrotier qui dégoise en latin et récite du Byron jusqu’à imposer une intuition à Andreani, son partenaire Couturier qui s’inquiète du test d’aptitude physique et qui trouve chez le légiste un recours. Une certaine distance aussi avec ses personnages dont les auteurs (Todenne est un pseudonyme) savent rendre les peu aimables aspérités.  Tout le roman capte l’ambiguïté des rapports aux autres : une volonté de rattraper des maladresses qui correspond peut-être à une monumentale erreur « mais ne dit-on pas qu’on juge les hommes à l’aune de leurs chimères ? »

 

Une belle économie de moyen qui fait surtout merveille dans cette évocation du passé qui constitue l’essentiel de ce roman. Terres brûlées révèle alors une partie scindée de l’Histoire de la Moselle. Un monument aux morts nu faute de savoir s’il doit porter l’uniforme français ou celui allemand est sans doute l’image à la source de ce livre. La ferme des juifs, sa mise en gage dans un fou pari de survie, les déchirements de la flicaille locale et les vengeances jamais menées par qui l’on croit. Le présent administratif n’aime pas trop être dérangé, Terres brûlées sait entraîner le lecteur dans les méandres de l’enquête, ses arrangements pour suivre une intuition. Le dénouement sait, on vous le laisse découvrir, laisse assez joliment culminer cette absence de solution. Allez savoir ce qu’apporte vraiment de révéler un passé, de croire que la culpabilité n’est pas partagée. Le motif le plus évident, l’antisémitisme, s’avère un leurre. Eric Todenne parvient à montrer l’hasardeuse inconséquence qui, en apparence, motive nos actions.



Merci aux éditions Viviane Hamy pour l’envoi de ce roman.

Terre brûlées (312 pages, 19 euros : le livre est disponible en version numérique…)

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