Hérésies glorieuse Lisa McInerney

Les chemins détournés, haine et impuissance, de la rédemption. Cork et ses petites frappes, ses putes et ses alcoolos. Un meurtre pour un scapulaire et tous les personnages de ce roman elliptique se heurtent et se mentent. Hérésies glorieuses ou le bûcher d’une Irlande encore très marquée par le discours religieux dont chaque personnage espère, à sa sauce, le salut. Lisa McInerney signe un premier roman qui sans une once de jugement happe le lecteur.

D’une extrême l’autre : après Les femmes de et sa plongée dans l’univers bourgeois, Hérésies glorieuses nous plonge dans un Cork littéralement déshérité. A priori, la tentation sociologique du roman me laisse plutôt froid. Par crainte du roman à sujet, de ceux à l’argument limpide pour plaire aux journalistes, pour ne pas tarder à se proclamer expert. On pourrait le craindre pour Hérésies glorieuses à l’atmosphère si étouffante, à son ancrage acharné chez les laissés pour compte dont l’autrice, sans complaisance ni jugement, parvient pourtant à dépeindre les désastreuses décisions. On apprend aussi que ce roman ne va pas tarder à être adapté en série. Force est de reconnaître que l’écriture de Lisa McInerney s’y prête tout particulièrement. On passe de Maureen, la mère de tous les meurtres, à la vie de Ryan, celle de son père, celle de Georgie et à celle, bien plus opaque, de la démoniaque deus ex machina Tara Duane dans de très jolis enchaînements, de belles coupures qui montrent à quel point tous s’enferment dans leur destin.

Petites maisons. Petits sanctuaires. Petites vies. La ville fonctionne au niveau macro, mais qu’est-ce d’autres que les souffles, pulsations, déglutitions, sudations, souffrances et extases de cent mille petites vies ?

Ne boudons, cependant, pas notre plaisir. L’écriture sautillante de Lisa McInerney, sans doute très bien traduite par Catherine Richard-Mas tant la version française parvient à donner aux paroles de chaque personnage sans céder à la reconstitution, aux pathétiques imitations d’accents ou, déjà daté, l’emprunt d’un vocabulaire voulu excessivement contemporain. La force visuelle des situations suffit, leurs secrètes correspondances en font un bon roman. Afin d’éviter un excès de noirceur, Hérésies glorieuses en fait ce que l’on peut deviner comme une parabole. Une manière de tragédie qui reconnaît son ridicule comme part essentielle de sa fatalité. Au centre du roman, Ryan, victime peu ou prou consentante de ce qu’il devient, proie du silence sur les violences paternelles qu’il subit, devient un petit dealer, connaît l’amour et ses errances. À plusieurs reprises, le roman se joue des similitudes de sa situation, des gestes que chaque personnage aurait pu faire, incendie ou meurtre, mais qu’il se contente de raconter. Le roman sert, surtout, à ouvrir des virtualités, à maintenir d’autres discours possibles. À ce titre, la religion intervient toujours comme une hérésie dont l’autrice s’amuse. Sans doute pour en maintenir non tant l’espoir que l’héritage. Tout ce roman est une question d’hérédité, de cet héritage accepté ou non, que l’on affronte ou que l’on refuse de voir nous définir, qui pourtant reste comme une encombrante possibilité. Maureen est ramenée à Cork par son fils laissé à ses grands-parents, elle incarne la mauvaise conscience irlandaise pour les mères célibataires. Ryan subit le fléau de son père, de sa mère absente, dans les pires sectes Georgie voudrait s’inventer une famille. Lisa McInerney parvient à mettre en scène cette pulsion religieuse, sans la juger, comme on exhume un inconscient collectif dont on ne sait plus très bien quoi faire. Elle le laisse alors être rattrapé par son récit tendu comme un roman noir où le pire est présenté comme certain et éviter de peu.


Merci aux éditions de La Table Ronde pour l’envoi de ce roman.

Hérésies glorieuses (trad : Catherine Richard-Mas, 536 pages, 9 euros 80)

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