Pénombre de l’aube W.E.B Du Bois

Itinéraire intellectuel d’un homme face à la ségrégation, face aussi à la compréhensible tentation du séparatisme, dans Pénombre de l’ombre W.E.B Du Bois questionne la notion de race. Témoignage passionnant sur la ségrégation aux États-Unis, sur ce que c’est d’y être Noir. Première indispensable traduction en français de cette autobiographie face à la notion de race, ce texte est une très belle introduction à la pensée complexe de W.E.B Du Bois.

Avant de commencer on excusera cette précaution oratoire : j’avoue fort mal maîtrisé le sujet de la ségrégation raciale telle qu’elle se pratique aux États-Unis. Ailleurs aussi mais la question n’est pas là. On excusera alors mes éventuelles maladresses à parler de ce texte qui apporte un éclairage toujours très pertinent d’être renseigné (rappelons que WEB Du Bois fut au tournant du XX siècle l’un des premiers sociologues de la condition de vie des Noirs), vécu aussi. Document historique de tout premier plan, Pénombre de l’aube l’est donc par sa manière, la plus pédagogique possible, d’éclairer un contexte qui me semble malgré tout assez mal connu. Disons, toute la fin du XIX siècle jusqu’à la guerre mondiale, la résurgence du racisme et des lynchages pendant celles-ci et les luttes difficiles pendant la Grande Dépression et la montée des périls comme on disait en Europe. Un contexte mal connu mais loin d’être inconnu : la littérature américaine, de Toni Morison à John Keene, transmet inlassablement (faut dire que les choses ne semblent pas vraiment évoluer) un miroir à cette irréconciliable blessure. W.E.B Du Bois en propose une autre compréhension, sans doute plus intellectuelle, plus chiffrée et plus étudiée aussi. Notons d’ailleurs qu’un des intérêts de Pénombre de l’ombre est de nous offrir aussi un aperçu sur l’histoire des sciences. Du Bois participe à la naissance de la sociologie, revendique assez clairement ses tâtonnements expérimentaux et, plus passionnant encore, sur les modalités de sa diffusion. Très vite le point de vue de Du Bois déplaît, il peine à trouver des subventions, des revues pour publier ses études.

On parle constamment de la population noire comme formée indifféremment des classes inférieures, tandis que la culture des classes supérieurs blanches est souvent attribuée à l’ensemble des Blancs.

La pensée de Du Bois me semble, à ses débuts au moins, marquée par une manière de positivisme. Une forte croyance dans la culture, l’éducation, dans la « vision d’un monde d’hommes intelligents ayant des revenus suffisants pour vivre décemment, avec la volonté de bâtir un monde heureux. » On voudrait tant y croire. D’autant que cette culture est le point d’achoppement de l’exemplaire itinéraire intellectuel de Du Bois. Pour employer un anachronisme contemporain, Pénombre de l’aube nous permet de réfléchir sur cette culture en tant que « privilège blanc ». « La démocratie que le monde Blanc cherche à défendre n’existe pas. Elle a été splendidement conçue et discutée, mais non réalisée. » Intervient alors ce qui pourrait paraître polémique mais me semble une piste de réflexion intéressante surtout en ces temps où on le brandit comme une menace cache misère d’une politique oppressive : combattre la ségrégation ne revient pas automatiquement à vouloir une intégration dans un modèle moribond. D’autres que moi peuvent porter ce débat. Difficile de ne pas voir l’urgence de son constat, en 1940 : « Nous avons atteint les limites d’une ère économique, qui, il y a quelques années, semblait omnipotente et éternelle. » Du Bois milite alors pour une culture Noire, pour l’exigence d’inventer un autre modèle. L’intérêt de Pénombre de l’aube est alors de ne jamais masquer les ambivalences d’un cheminement intellectuel. Ainsi W.E.B Du Bois m’a semblé entretenir une fascination contrariée pour la pensée marxiste, une vraie proximité qui ne refuse pas – serait-ce un de ces points-aveugles – à continuer à interroger la notion de race.


Un grand merci aux éditions Vendémiaire (dont ce livre est le premier ouvrage publié) pour l’envoi de ce livre.

Pénombre de l’aube (trad, préface et éclairant appareil critique de Jean Pavans, 420 pages, 22 euros)

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