Ceci n’est pas une chanson d’amour Alessandro Robecchi

Humour ravageur, génie de la comparaison, pointe acéré du regard social : des doigts dans le cul et du Dylan. Livre profondément drôle, mené de main de maître, Ceci n’est pas une chanson d’amour plaît tant par son intrigue que par la désinvolture attendrie avec laquelle il saisit ses personnages : des tueurs à gages clownesques, des gitans revanchards, une geek éperdue. Alessandro Robecchi, avec une belle discrétion, déconstruit nos discours, notamment sur l’amour.

Le polar brille par la distance qu’il permet à son objet, souvent son intrigue tient à une méprise, à une manière d’ironie de l’auteur pour les passages obligés du genre policier. Une façon de s’intéresser auxconséquences de nos actes, au poids de notre passé et surtout aux illusions de certains de pouvoir passer outre. Alessandro Robecchi parvient à maintenir cette distance, cet écart rieur à ce qu’il raconte, sans que jamais son ironie ne tourne à l’aigre. Au fond, c’est le sujet même de Ceci n’est pas une chanson d’amour : derrière nos grands airs, derrière la certitude des jours, ne continuons-nous pas tous à penser aux proverbiaux miracles de l’amour. Ainsi, Carlo Monterrossi (sans cesse qualifier comme l’homme qui… fuit, sauve, se donne le beau rôle) a inventé un concept voyeuriste, bien digne de l’usine à merde que serait la télé italienne. Vous vous rappelez quand, en France, on en faisait l’exemple de la télé poubelle ? Carlo Monterrossi veut fuir son émission Crazy Love, sa part d’improvisation dans le récit bidonné d’amours douloureuse, cette part, comme il le dit lui-même, de merde qui serait notre marque de fabrique. Et bien sûr, il va y mettre le doigt. Un tueur tente de le descendre, il retrouve un doigt destiné à être introduit dans son fondement comme les précédentes victimes. Il ne se laisse pas faire, toujours en citant des paroles de Bob Dylan, il se lance dans une enquête parallèle. Il fait alors appel à Nadia, archétype de la geek un peu paumé dont l’auteur sait faire une belle incarnation d’une indéniable scission entre les générations : elle qui sait tout faire, parle plusieurs langues, vivote entre cohabitation et précarité alors que la génération précédente pouvait vivre toute sa vie dans le confort d’un appartement et d’un boulot sans grand sens ni engagement personnel. Nous ne résumerons pas l’intrigue, la façon dont elle s’éclaire d’être poursuivie par des tueurs plutôt drôles, des gitans sympathiques et croqués dans une irréalité qui évite la caricature. Il faut plutôt noter le sens des dialogues, frappants et dynamiques, de l’auteur, son sens de la comparaison qui justifie toute sa distance attendrie face à des personnages si amusant dans leur ordinaire lâcheté, leur courage par inconscience. Notons, pour finir, que cette usine à merde, cette manière de peigner les vies pour en faire un spectacle sinon acceptable du moins rentable devient un retour des vieux démons, une façon de laisser le fascisme s’installer. Toute l’histoire, sans trop en dire, repose sur un trafic de reliques fascistes, sur les branques dangereux qui en font, hélas, un objet du présent. Laissez-vous prendre à ce roman, c’est si rare quand un livre parvient à vraiment faire rire.


Merci aux éditions de L’aube pour l’envoi de ce roman

Ceci n’est pas une chanson d’amour (trad: Paolo Bellomo, Agathe Lauriot dit Prévost, 416 pages, 21 euros 90)

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