ZOF 1945 Jean-Christophe Berthain

Voilà longtemps que je n’avais eu l’impression de totalement passer à côté d’un livre. L’idée de parler d’un livre dont on n’a pas pénétré le fonctionnement, dont les personnages ou l’intrigue ne nous ont pas touché, continue à me déplaire. Manière, ce sera ma seule excuse, de préciser ce que j’attends d’un roman. Je ne crois hélas pas que la valeur d’un livre tienne à son sujet mais plutôt à la manière dont il le traite. Le sujet dont Jean-Christophe Berthain veut nous donner une reconstitution très (trop?) documentée a tout pour être passionnant. Un moment assez peu connu de l’histoire : l’occupation française de l’Allemagne après 1945, les exactions et autres profits de guerre dans cette ZOF, en forme de soutien-gorge, dont le centre serait Baden-Baden. Zof 1945 en éclaire très bien les enjeux, les abus de pouvoir mais aussi la naissance de cette guerre de trente ans pour reprendre l’idée si magistralement (avec un rien de pesanteur aussi) démontré par Alexandre Jenni dans L’art de la guerre. Les vainqueurs d’hier, ceux qui luttaient pour une saine libération deviennent les oppresseurs, le savoir acquis, dans les maquis ou chez les nazis, ne peut se perdre ; l’ombre de l’Indochine et de l’Algérie, déjà. Sujet passionnant dont Jean-Christophe Berthain nous donne une image sombre, très réaliste, englué sans doute dans ses faits. J’avoue n’avoir jamais cessé pourtant de me demander pourquoi : que cherche à dire l’auteur, comment se possitionne-t-il face à cette opportuniste erreur. On ne le saura jamais, les scènes se succèdent, sans la moindre solution de continuité, quand un semblant d’intrigue parvient à se mettre en place, l’auteur l’abandonne. On rêve de ce qu’aurait pu faire un Philip Kerr sur un tel sujet. René Valanton, quitte Londres pour être affecté dans la Zone d’Occupation Française. Jean-Christophe Berthain en fait un narrateur transparent, sans doute en a-t-il voulu en faire un témoin neutre. Mais, cette neutralité devient très vite une ambivalence politique assez embarrassante. Gaulliste, faut avouer que ça ne fait pas rêver, il incarne une plutôt tiède voix de la raison. Certes, « punir ce n’est pas se venger », certes le roman nous fait voir les atrocités de la traque des nazis mais sans jamais parvenir à nous faire croire à son aspect romanesque. La culpabilité de son héros ne touche guère, semble même un ajout pour donner un peu d’humanité. Et puis, il faut bien évoquer la fin : incompréhensible. Au point que je me suis demandé s’il ne manquait pas quelques pages, si une suite était envisagée. Bref, je suis passé à côté de ce livre pourtant intéressant sur l’après de la victoire, pour la figuration d’Edgar Morin comme un contrepoint bienvenu. Sur un sujet assez proche, lisez Nous avons les mains rouges de Jean Meckert.


Merci aux éditions du Cherche-Midi pour l’envoi de ce roman.

Zof 1945 (316 pages, 18 euros)

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