Piège à loup Gunnar Staalesen

Un détective pris au piège, son passé alcoolisé qui remonte, les histoires s’entremêlent, la tension monte. Une fois de plus Gunnar Staalesen opte pour une efficace simplicité. Piège à loup se lit alors avec un grand plaisir tant on y retrouve l’acuité du regard social de l’auteur, sa discrète empathie et sa grande capacité à nous faire évoluer à Bergen.

Depuis le commencement de sa série dont Varg Veum est l’inspecteur perturbé, lisez notamment Où les roses ne meurent jamais, Gunnar Staalesent fait le pari du dénuement. Une économie de mots et de moyens, rien que les gestes dans la meilleure tradition du polar américain. Le début est à ce titre assez admirable (façon de suggérer que le dénouement m’a paru un rien arbitraire : une règle du genre qu’on sentait un peu venir) : Veum est accusé de pédopornographie, en prison il laisse remonter les souvenirs épars de ses années de deuils. Gunnar Staalesen en fait quasiment des nouvelles indépendantes, au lecteur le plaisir de reconstituer les liens qui se tissent entre ces histoires. De bien moches ratages, ivre mort, les investigations de Veum ont des conséquences plutôt fatales. La spirale de la culpabilité, sans insistance puisque le détective est pressé de prouver son innocence. On connaît la connaissance de l’auteur de sa ville. Bergen nous apparaît alors avec cette distance temporelle qui fait tout le charme de cette série. Internet au début des années 2000, le lecteur ne sera jamais perdu dans les spécificités techniques. Là n’est pas l’essentiel, ce qui intéresse Staalesen c’est l’humain. Des salauds ordinaires, des monstres aussi : le dégoût par l’impossibilité de comprendre qu’on s’en prenne à des enfants, qu’on le fasse comme un travail comme un autre. L’horreur dans tout ce qu’elle a de hélas familière. La sourde indignation de l’auteur se révèle, notamment en passant sous silence la suite des conséquences judiciaires et les réparations qu’elle peine à apporter, bien plus efficace qu’une dénonciation moralisatrice.


Merci à Folio Policier pour l’envoi de ce roman

Piège à loup (trad : Alex Fouillet, 439 pages, 8 euros 50)

2 commentaires sur « Piège à loup Gunnar Staalesen »

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