Indice des feux Antoine Desjardins

À travers sept longues nouvelles sur l’imminence de la catastrophe, Antoine Desjardins propose une réflexion profonde sur ce que serait l’écologie : une façon, peut-être, d’être au monde, d’en préserver les possibles, d’inventer sans doute aussi une littérature qui, sans hauteur, écoute nos aveuglements. Indices des feux, jamais dogmatique parvient grâce à cette conscience de notre destruction à continuer à incarner le monde tel qu’il va.

Une part de nous est très heureuse de continuer à lire la naissance d’une éco-poétique surtout quand elle s’arme de toutes les armes de la nouvelle : une tension dramatique qui évite le commentaire, une pluralité de points de vue pour montrer toutes les ambivalences de ce qui ne saurait être seulement de la préservation. Disons même une façon d’exprimer des idées seulement derrière l’entremise de personnages. À ce titre la nouvelle « Feux doux » est assez révélateur de ce qu’Antoine Desjardins veut dire sur notre monde, sur l’absolue nécessité que l’écriture parvienne à éviter d’en faire un immonde. Nous y avons deux personnages, deux voies pour incarner notre rapport nécessairement problématique à l’univers. D’abord Louis, stéréotype du gamin brillant, trop pour ne pas voir que l’intelligence, l’action légale ne suffira pas à endiguer la pulsion de destruction inhérente au capitalisme. Il devient nomade, quasiment en fuite d’un projet momentanée à l’autre, des débuts de préservation au fond comme ceux offerts par les nouvelles d’Indice de feux. La très bonne idée de « Feu doux » est de montrer que pour que cette conscience inquiète et harcelante existe sans doute lui faut-il un regard fraternel, un homme qui, comme le lecteur comprend, que la vérité de l’attitude de Louis est dans ce qui lui échappe, dans ce comportement trop pur que lui-même ne parvient pas toujours à incarner. On retrouve alors cette protestation déjà théoriser dans Le grand vertige de Pierre Ducrozet

Ce qu’il nous faut savoir, soigner, rapiécer, c’est notre relation au monde dans lequel on vit trop souvent en surface, sans y être vraiment.

Admirable et inatteignable. Comme de prétendre « prendre soin de tout, en particulier de ce qui disparaît. » La véritable profondeur d’Indice des feux est de montrer surtout comment le spectacle du monde, l’imminence plus que pressentie de sa destruction nous met en contact avec tout ce que nous cachons sans parvenir à l’exprimer. La nouvelle, depuis Raymond Carver au moins, c’est pointer les mots qui manquent, les répliques que l’on trouve trop tard, les silences du quotidien ou le surplus de mots d’une pitié inefficace. Ainsi, Indice des feux s’ouvre sur une nouvelle suffocante : « À boire debout » raconte l’histoire d’un gamin qui crève de leucémie, dont le seul contact au monde est la rumeur, à la radio, des inondations, la question peut-être de savoir pourquoi survivre dans ce monde-là. Une écologie radicale tiendrait sans doute à cette question : pourquoi survivre dans ce monde-là, comment s’y perpétuer ? « Couplet » commence alors sur un pastiche de Moby Dick et associe à l’évocation d’une vie ordinaire, banlieue et travail – tout ce que ne parvenait pas à faire Nos corps étrangers une panique sur l’extinction des baleines franches, une fausse-couche et le désir, exprimé à contre-temps, d’être malgré tout père. Indice des feux ou une éco-poétique du malgré tout. La seule façon de poser un regard sans condescendance sur nos vies ordinaires, leur douloureuse capacité à inviter le paysage comme un personnage, un indice qui permet de s’inventer des histoires, de déjouer, qui sait, la catastrophe. Ou seulement d’ensauvager nos fictions : nos espaces urbains détruisent et repoussent la nature qui s’en venge bien, nos histoires doivent accueillir la menace, la destruction et autre détritus qui nous constitue.


Un grand merci à La Peuplade pour l’envoi de ce livre.

Indice des feux (343 pages, 20 euros)

8 commentaires sur « Indice des feux Antoine Desjardins »

      1. Le fait de reprendre un contenu dans son intégralité = plagiat. Quand vous utilisez le bouton « reblog » sur WordPress, la moindre des politesses est d’ajouter une phrase explicative avant la présentation de l’article volé.

        Le fait de reprendre les articles des autres est un réel manque d’éducation. Et en ce qui concerne mon blog, totalement illégal sans l’obtention de mon consentement. Je porte systématiquement plainte (et je vais au bout de la procédure) afin de dénoncer ce cruel manque de respect.

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      2. Fort bien. Je n’ai pas bien compris de qui vous parlez. Je peux vous assurer que cet article est original. Je ne reblogue pas les articles des autres mais il m’arrive très souvent de l’être. Si c’est de cela dont vous parlez pouvez-vous m’indiquer le site où vous auriez retrouvé en intégralité mon article, sans mention d’origine. Merci

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      3. Merci dans ce cas. Je n’étais pas sûr d’avoir bien compris. Pouvez-vous, s’il vous plaît (par mail si vous le souhaitez viduite[at]ntymail.com) me précisez l’adresse du malotrus. En vous remerciant,

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