Presqu’îles Yan Lespoux

Recueil de courtes nouvelles, de rarement plus de trois pages, Presqu’îles nous amène au cœur du Médoc entre champignon et chasse, alcool et rapport difficile à l’autre afin de dessiner un sombre lien à l’endroit où l’on vit. Yan Lespoux joue sur le tragique, l’art de la chute burlesque et tragique. Une noire plongée dans la vie d’une communauté.

Agullo se lance dans la nouvelle, le format très court. Une très bonne idée pour donner un peu de visibilité à ce genre paraît-il peu populaire en France. Les textes réunis ici témoignent d’une belle cohérence, d’un jeu discret d’écho, voire de l’invention d’un territoire. Pourtant, un soupçon n’a pas cessé de me frapper à la lecture de tous ces textes assez réussi. Je trouve, peut-être ai-je tort, qu’il frappe une grande partie de la littérature française qui, dès qu’elle s’intéresse au milieu populaire, voire pauvre, en fait un rien trop, flirte avec le misérabilisme au point que l’on finisse par se demander si l’auteur ne traite pas son sujet avec un rien de condescendance. Celle de vouloir voir du pittoresque dans la violence, un sombre amusement dans une violence sans issu. Yan Lespoux ne s’y laisse pas totalement prendre sans pourtant totalement y échapper. À part la chasse, les champignons, l’alcool et le racisme on finit par croire que ces personnages ne s’intéressent à rien.

Tentative de donner une voix à ces rednecks à la française. Sans doute pas un hasard si c’est Hervé Le Corre qui signe cette préface. Une partie de son œuvre, nous pensons ici à Prendre les loups pour des chiens , dans ce tropisme. Loin d’être la partie de son travail que nous préférons. Presqu’îles pourtant finit par apporter une question intéressante : celle éminemment littéraire de la dénomination. D’abord pour un souci d’économie narrative (une nouvelle d’une page ou deux ne doit avoir aucun mot en trop), les personnages ne sont le plus souvent pas nommés. Ils semblent d’ailleurs se confondent par l’identité figée dans les déterminants sociaux locaux. Souvenirs et rites, brutale humanité à laquelle on échappe pas. L’auteur joue alors sur les surnoms comme ce à quoi on nous condamne. Les étrangers et autres touristes sont des Bordelais, les locaux écopent de blazes, autant de péjoratif surnom. Presqu’îles raconte alors comment on se débat dans cette identité jusqu’au tragique. Il faut alors le souligner l’autre grand atout de ce recueil est son humour. Chaque nouvelle déjoue le tragique par une chute souvent drôle, rappeuse comme de l’humour noir. Par sa précision, par la rapidité de ses notations d’atmosphère, l’écriture de Yan Lespoux parvient à saisir un territoire. La forêt et l’Océan, ses noyés et ses morts, la vie qui continue, malgré tout.


Merci aux éditions Agullo pour l’envoi de ce livre.

Presqu’îles (185 pages, 11 euros 90)

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