La République des faibles Gwenaël Bulteau

Où comment la république prend très mal soin de ses enfants. Lyon à la toute fin du XIX, antisémitisme et implacable violence sociale, à l’arrière-plan de l’affaire Dreyfus s’ajoute l’enlèvement d’enfants. La république des faibles est un polar sympathique, agréable roman d’atmosphère comme une plongée dans la corruption humaine. Le premier roman de Gwenaël Bulteau se laisse lire.

Avouons avoir, au début, un rien accroché sur la langue de Gwenaël Bulteau. Toujours agaçant de se demander si, en 1898, on employait « bourré », « tapette », « bande de connard. » Je ne pense pas mais souhaite, bien entendu, m’ériger ni en spécialiste ni en censeur (serait-ce la même chose ?). On sent pourtant dans La république des faibles un style qui ne cherche pas à s’emparer d’un vocabulaire, à l’incorporer à ses cadences, à bien faire voir à quel point l’auteur goûte avec délectation cette langue envisagée comme premier medium de la reconstitution historique. Pensons ici à Hervé Le Corre. Peut-être est-ce une option valable que de ne pas choisir cette option, de prendre le pari de l’efficacité.

Après le passablement touffu O de Miki Lukkionen, j’avoue avoir reçu ce roman comme une respiration. La littérature est aussi un divertissement, échappatoire facile. Si vous souhaitez passer une soirée pas trop désagréable avec un récit plutôt sombre, plongez-vous dans La république des faibles. Prof des écoles, Gwenaël Bulteau accorde toute son attention à une enfance laissée pour compte. Bien sûr, il s’agit d’un raccord assez visible entre toutes les intrigues. Le commissaire Soubielle attend un enfant, Grimbert, inspecteur alcoolique, se prend d’amitié pour un autre, Gabriel Silent, autre inspecteur aux idées en apparence nauséabondes veut refaire sa vie avec le fils de sa maîtresse, un pharmacien alcoolique est surpris à balancer un fœtus au fleuve. S’en suit une enquête pas si mal menée où s’enchaînent joliment les points de vue et les dérapages des policiers. On entend aussi dans cet antisémitisme forcené les conséquences de la guerre de 70, la manipulation outrancière des tribuns. Gwanaël Bulteau nous fait la grâce de ne pas tracer de parallélisme. C’est sans doute ceci que nous avons passablement aimé : une manière de modestie. Celle de se contenter de nous raconter une histoire.


Merci à la Manufacture du Livre pour l’envoi de ce roman.

La république des faibles (363 pages, 19 euros)

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