Finir les restes Frédéric Fiolof

Un deuil impossible, ordinaire, à l’épreuve de la langue, de la colère et de la cruauté de la mort hospitalisée de ses parents. Dans ce récit humble et puissant, Frédéric Fiolof rend un hommage d’une rare dignité à ses parents. Finir les restes ou trouver, dans la non-acceptation , une langue pour dire les rien qui subsistent à la perte, l’obstruction de continuer, orphelin.

Je le dis rarement tant je trouve qu’il s’agit de l’inverse d’un critère de jugement : Finir les restes est un livre difficile. Sans doute parce que Frédéric Fiolof, sans fioriture ni narcissisme, pose avec insistance cette question : « Que faire de tout ce que la vie met autour de la mort. » Aucun récit enjoué, seulement des éclats, des phrases brèves au bord de l’aphorisme, pour cerner au plus près la façon dont le narrateur déplace « le curseur vers un peu moins encore. Et puis vers l’infime, l’invisible. Le-presque-rien-mais-quand-même. » Soit ce qu’il reste de nos vies. On pourrait retrouver les promesses de l’enfance, on toucherait alors du doigt l’amour nourricier de parents. Pas de quoi, selon l’auteur, en faire des histoires, des tombeaux sur mesure. Et pourtant, le refus, la simplicité face à une émotion qui submerge advient dans Finir les restes en une beauté fascinante. La littérature n’offre, selon l’horrible expression consacrée, aucun travail de deuil. Peut-être peut-elle lutter contre ce constat insurmontable de l’absence : désormais ces fragiles souvenirs – la manière dont une mère ne se vante d’avoir jamais été malade, les coups de gueule oragzeux du père, leurs mots qui ne sauraient s’effacer – ne sont plus que tien, n’appartiennent qu’à ta solitude. On pense ici au Singes Rouges de Philippe Annocque. Faire comme si la littérature parvenait à partager des souvenirs pas entièrement nôtres… Se les prendre, au détour d’une phrase, en pleine gueule. Deux parents qui meurent, la même maladie à si peu de temps d’intervalle, l’incapacité à les accompagner, les maladresses et tout ce qu’on ne sait dire. Miroir difficile à nos difficultés d’être.

Et puis un jour, le mot se déchire et tourne à vide. Écorche la voix et se dilue dans un espace blanc. Se perd dans un caverne sans écho possible.

Trouver une langue pour dire l’absence, en cerner les mirages, en inventer les fantômes, serait qui sait la moins mauvaise justification de l’écriture. Le mot d’abord que Frédéric Fiolof ne saurait prononcer, le nom de la maladie. « Voici venu le temps des couillonnades » comme dit le père. La mère du narrateur implorait de finir les restes, continuer à nourrir, ne rien laisser. Image d’une vie ordinaire, humble, magnifique. Par une langue surtout. Détours et fictions minuscules pour affronter ce qui ne saurait se dire dans son évidence. Inventer un responsable pour cette mort qui, dit-on, ne fait pas sens. Voir comment, loin de nous, nos parents continuent à nous porter. Dans sa douleur, Finir les restes est l’un de ses livres qui nous font « encore minuscules et surhumains » qui nous permettent d’affirmer : Tout va bien.


Merci à Quidam éditeur pour l’envoi de ce livre.

Finir les restes (110 pages 15 euros)

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