Tout peut faire cendre Pola Martinez

De quel feu se tisse nos secrets, derrière quelle cryptographie se révèle la vastitude du monde, quelle tapisserie contiendrait les cendres de notre passage ? Dans une langue aussi rêveuse que l’univers forclos où elle nous entraîne, Paula Martinez décrit deux sœurs qui décryptent le monde : l’une par l’interprétation l’autre par l’incompréhension. Tout peut faire cendre, un joli récit de l’inquiétude intérieure.

C’est avec un grand plaisir que je découvre un ouvrage de la maison d’édition Dynastes. Il me faut vous toucher un mot de la suprême élégance de leur procédé de fabrication. Cette belle maison d’édition revendique une fabrication intégralement artisanale. Si vous avez l’excellent idée de commander un de leurs ouvrages (c’est ici), vous découvrirez un livre cousu main, plier au couteau et massicoter manuellement. De la très bel ouvrage. Je vous en parle ici surtout parce que cette élégance, cette volonté de rendre le livre à sa fragile intemporalité, me paraît au coeur de ce récit. Tout peut faire cendre est lui-même un tissage artisanal de mystère, la discrète couture du motif du secret, de son dédoublement. Un de ces jolis récits, susurré à mi-voix, une de ses présences discrètes qui sans doute reviennent.

Rien de mieux que les flammes, où l’humain n’a pas sa place, pour cacher ce qui doit l’être.

La révélation du secret, on le sait, est sa destruction. Pola Martinez s’empare de ce motif comme pour le tisser autrement, à nouveau peut-être tant il est incertain que l’on y échappe. Deux sœurs héritent d’un magasin de tapisserie, de l’atelier de tissus au-dessus. Elles vivent dans un dénuement de recluse, dans ce bonheur qui serait ignorance du monde. « L’important : le monde était, avec ses grandes énigmes, et j’étais au monde. » Héritière de toute une littérature française (hâtivement de Des Forêts à Quignard), l’autrice sait que décrypter un secret revient à l’encoder autrement ; le transmettre en reconduit le poids. Trouver le « secret de la souffrance des hommes et la formule pour les effacer. » Une indicible révélation à l’évidence.

Un temps, le secret a agrandi mon monde, le déchirant. Il en a repoussé les bords à l’infini. Le secret ne crée rien du tout, il montre juste le monde tel qu’il est : inacceptablement vaste.

L’importance, comme l’affirme la narratrice, serait sans doute de le partager, de reconduire une sidérante fascination. La narratrice observe sa sœur, tente de comprendre ses états d’âmes, ses silences à partir de la position de sa tasse de café quand elle part. Cette sœur, incarnation du mystère et des possibles du dehors, est cryptographe. Elle ramène un secret fondamental, tente de le transmettre à travers le tissage d’une tapisserie. Tout peut faire cendre sait s’entourer d’ombres et de mystère, d’incompréhension et d’interprétation. Sans doute cette tapisserie est-elle l’image du livre lui-même. La révélation trop éclatante du secret pour que l’on ne passe pas à côté. « Le prochain qui saura l’aura décrypté. » Dans le roman, un homme survient, s’empare du secret, le livre peut-être nous transmet sans doute son incapacité à l’énoncer clairement. L’indicible, sa possibilité préservée de redire, sans cesse, tout ce qui nous échappe.



Un grand merci aux éditions Dynastes.

Tout peut faire cendre (100 pages, 11 euros)

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