Minuit à Atlanta Thomas Mullen

Polar malin, bien construit, Minuit à Atlanta continue son exploration intime de la condition de vie des afro-américains à Atlanta dans les années 50. Après l’univers des premiers flics noirs, Thomas Mullen donne une vision renseignée, engagée mais très fluide et rythmée de la presse noire, ses arrangements et ses compromissions.

Après Darktown et Temps Noirs on retrouve avec plaisir l’agent Boggs et l’ancien agent Smith devenu journaliste. Le charme de ce roman tient, je crois, à son rapport à l’histoire. Thomas Mullen présente ses personnages légèrement en marge des grands événements historiques, jamais entièrement au centre du moment dont le romancier viendrait, comme Kris Nelscott sur un sujet assez proche, en éclairer tous les rouages. Minuit à Atlanta éclaire des faits sans doute moins décisifs mais dont il parvient alors à faire comprendre l’impact personnel. Le directeur du journal qui emploie Smith vient d’être assassiné, on juge un violeur présumé malgré les lettres d’amours de sa maîtresse, on veut raser Darktown, le quartier bidonville où vivait la partie pauvre de la population noire. Thomas Mullen parvient à entremêler toutes ses intrigues, comme dans ses précédents romans, il passe d’un personnage à l’autre. Chacun vit dans son coin. Au fond, c’est peut-être ceci qu’explore son cycle de roman: les différences sociales et les divergences personnelles au sein d’une communauté dont jamais il n’idéalise l’unité. Plusieurs fois au cours de ma lecture, sans pouvoir vraiment préciser pourquoi, j’ai pensé à W.E.B Du Bois, à sa manière de remettre en question le modèle d’intégration, l’illusion de réussite sociale d’une population qui, quoi qu’il se passe, subira la ségrégation.

Le polar ou l’exploration de différents milieu sociaux dans ce qu’ils ont d’irréductibles. Dans les précédents volumes, Mullen insistait sur l’importance des pasteurs, de l’élite cultivée qui, dans sa mesure, servait de tampon, pour ne pas dire de justificatif. Dans Minuit à Atlanta nous avons un patron de presse très conservateur, timoré dans ses revendications, hanté pourtant par un récit qu’il ne veut pas laisser impuni. Historiquement, il est toujours intéressant de rappeler l’hystérie anti-communiste américaine : la chasse aux sorcières dès la lutte pour les droits civiques. Le FBI et ses manipulations. De loin, avec une belle prudence narrative, nous avons le récit du boycott des transports publics de Montgomery, les premières actions de celui qui est encore King Jr. Tout ceci, il est important de le souligner, ne pourrait être qu’une pesante reconstitution historique. Thomas Mullen sait ne jamais s’attarder, embarquer son lecteur dans une intrigue rythmée. Un autre des attraits de ce roman est l’importance prise par McInnis, le lieutenant de la seule unité de police noire est perclus dans ses doutes. Il incarne la difficulté à maintenir des rapports. La distance demeure, le contact se fait, l’incompréhension s’amoindrit. Laissez-vous prendre par ce roman captivant.


Un grand merci aux éditions Rivage Noirs.

Minuit à Atlanta (trad Pierre Bondil, 487 pages, 23 euros)

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