Une chambre en Allemagne Carla Maliandi

L’exil, l’errance ; perte, souvenirs et confusion. Entre l’Argentine et Heideldeberg, une femme en quête d’elle-même et de son étrangeté au monde. Une chambre en Allemagne, au-delà d’un récit sur nos solitudes mondialisées, laisse surgir mémoire et présence, autant d’effleurés contact à autrui. Dans ce premier et court roman, Carla Maliandi entrouvre cette ombre de fugitif et de tristesse : cette vie superficielle, contemporaine.

À commencer Une chambre en Allemagne on pourrait presque craindre une énième dénonciation, un peu creuse, de nos vies mondialisées, de leur solitude en déshérence. À un moment – maintenant par exemple – la littérature pourrait faire l’économie de l’éternel retour du mal du siècle. Il est cependant étrange que de le voir écrire au féminin le pare d’une vertu nouvelle, voire d’un soupçon d’inédit. À moins, justement, que le seul sujet du roman soit notre propre opacité. Une sorte d’exil inversé, un retour sur les terres d’enfance qui, pour la narratrice, tracerait le négatif de l’exil de ses parents. Elle débarque à Heidelberg, veut se trouver une chambre non pas à elle mais plutôt en partage, revenir sans vraiment le dire dans la ville où ses parents ont fui la dictature. On peut penser ici que le roman se laisse parfois prendre à une certaine gratuité. Sans doute, heureusement, pour montrer l’aspect désespéré de la légèreté. Le style de Carla Maliandi esquisse une sorte de neutralité, il parvient souvent à rendre compte de l’extériorité à elle-même de la narratrice. Dans un curieux jeu de miroir peut-on penser, comme s’il s’agissait de trouver ses sentiments aux miroirs des autres.

Loin de chez elle, la narratrice se voit enceinte. Une hésitation d’être, une latence dans ce qu’elle veut devenir. C’est de tout cela qu’Une chambre en Allemagne cherche image. Une figuration qui ne sait où figer ses affects, quelle formule donner à sa tristesse. Une japonaise se suicide. On le comprend avec une certaine gratuité, peut-être juste parce que c’est possible. Ou qu’il s’agissait pour l’autrice de donner un nouveau visage de ces romans d’un désespoir existentiel, incertain, dont les années (19) 20 ont donné de si flamboyantes incarnations. On ne sait ce qui nous arrive, dans notre bulle on continue. On se confronte, quand même, à l’autre. Une chambre en Allemagne tient alors par son art du portrait. L’exil intérieur est aussi ouverture, désespérée disponibilité à qu’autrui peut nous offrir. De beaux personnages. D’abord Miguel Javier, son soutien et son attraction, sa sœur et sa voyante sont proposés comme autant de possibilités, d’avenirs entrevus. Dans l’exil, on s’invente des doubles. On regarde chez autrui la douleur que l’on ne peut admettre. La narratrice sera poursuivie par Madame Takashi, la mère de la jeune japonaise morte, elle aussi en quête de sens. Figure menaçante, absconses à mesure que le roman bascule dans un désir irrésolu d’interprétation. Rien que des solitudes un instant aperçues. Des images comme celles prises par Joseph, un photographe turque ou celles collectionnées par Mario, un ami des parents de la narratrice. Roman de l’exil, Une chambre en Allemagne perpétue jusqu’à la dernière ligne ce sentiment d’étrangeté – on peut se sentir un peu perdu de ne savoir qu’en penser.


Un grand merci aux éditions Métailié pour l’envoi de ce roman.

Une chambre en Allemagne (trad : Myriam Chirousse, 152 pages, 18 euros)

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