El Edén Eduardo Antonio Parra

Nuits d’errances mexicaines, alcools et bribes de souvenirs pour retracer l’enfer d’une nuit de destruction, les fragiles précédentes beautés qu’elle semble rendre impossible. Dans sa sombre confusion entre passé et présent, souvenir et oubli, El Edén est un superbe roman sur le Mexique contemporain. Dans sa violence et son empathie, Eduardo Antonio Parra dessine ce meurtrier affrontement de bandes rivales de narco-trafiquant comme un drame universel, celui de nos lâchetés et de nos fous héroïsmes, de nos amours mirifiques ou minables.

Le titre original du livre est sans doute plus évocateur : Labirento. Ce roman est avant tout un labyrinthe, celui de n’importe quelle nuit d’ivresse, celui métaphysique et douloureux que l’on s’invente dans un éthylisme jamais assez oublieux comme le savait déjà Malcolm Lowry. El Edén se déploie dans une lumière noctambule où le crépuscule des êtres se révèlent. Le roman se demande surtout comment on se reconstruit. On survit très mal à la survenue de la violence, on en partage en désespoir de cause le souvenir. Un ancien prof de collège, un peu triste et passablement dépité, cramé surtout par le rhum et sa solitude, croise un de ses anciens élèves. Tous deux ont quitté El Edén, un village frontalier qui était le terrain de jeu de bandes rivales. L’insoutenable de ce roman, d’une grande violence, est justement d’en montrer l’absurdité, la possibilité impunie. Des SMS tombent, la ville se couvre de 4X4, les armes parlent, les habitants tentent de se planquer. La véritable violence semble suggérer Eduardo Antonio Parra est d’avoir à l’accepter, de n’avoir pu que s’y résigner. Rien d’autre à faire sans bien sûr que l’on puisse parler de lâcheté. La littérature est là pour interroger cette évidence : voir ce qu’il reste dans on ne se relève pas. Mais aussi nous embarquer dans une fascination pour les scènes apocalyptiques dont le roman se pare.

et il me semble que cette image appartient à une autre vie, antérieure à la nôtre, à un temps disparu sans que nous ayons pu nous en rendre compte.

El Edén laisse donc apparaître la labyrinthique fragmentation du souvenir. Il reconstruit l’itinéraire de Dario, gamin magnifique parti à la recherche de son frère, avec sa petite amie, la lumineuse Norma. Le vieux prof laisse ressurgir ses souvenirs, ceux de son élève aussi bien que les siens. On passe de l’un à l’autre avec un beau sens du rythme, avec une vraie incarnation de la lassitude de l’ivresse, de la fixation de ses confessions. Peu à peu le narrateur se dévoile, montre ses failles et ses sombres fascinations. On les partage, bien sûr. Violence et sexualité vont de pair, le passé et ses adolescentes initiations sont admirablement restituées comme autant de traces perdues. Magnétique Norma, entêtante présence dont la disparition aimante les propos. Dans leur quête de son frère, Dario et elle s’aiment, se perdent. On ne saura jamais ce qu’elle est devenue, plaie ouverte. Une image quasiment d’opéra. Une manière sans doute de développer le motif. Évocation parallèle des amours du narrateur, un peu sordides comme ce qu’il reste d’espoir dans une cantine. En dépit de la violence de cette traversée des enfers (le livre est aussi un roman d’action de très bonne tenue), l’auteur parvient à restituer un peu d’espoir, fut-ce t-il au passé, un peu ivre, passablement triste.


Un grand merci aux éditions Zulma pour l’envoi de ce roman.

El Edén (trad : François-Michel Durazzo, 331 pages, 21 euros 80)

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