Super Hôte Kate Russo

La création artistique au jour le jour, la vie telle qu’on apprend, quand même, à la percevoir. Un premier roman très drôle, pertinent et enlevé dans lequel Kate Russo excelle à déceler les failles et les souffrances de ces personnages de passage où résidents. Dans sa joie, Super hôte parvient à une description de Londres, dans ses différents quartiers et milieux.

Il faut savoir, parfois, ne pas bouder son plaisir et se laisser totalement prendre à la lecture d’un roman. Je me suis totalement laissé captiver par Super Hôte, par ce qu’il a de sympathique, par sa façon de se contenter de raconter une histoire et de le faire bien. Certes, la structure narrative de ce roman ne présente aucune audace, ne prétend qu’à peu d’innovation formelle. Qu’importe tant que ça marche ! Ainsi, tous les peintres, Benett comme sa fille, sont figuratifs. Le roman détaille, avec une simplicité qui sait s’intégrer au récit, leurs soucis de motifs et de matière, l’humble travail quotidien d’un artiste, les aléas surtout de sa reconnaissance. Kate Russo trouve un admirable ressort narratif pour dévisager tous les visages que peuvent recevoir ce souci créatif. On y comprend toute la distanciation ironique attendrie entretenue avec ses personnages. Benett Driscoll ne vend plus ses toiles, s’entête sans passion dans la répétition de nature-mortes dépassionnées. Pour survivre, il loue sa maison sur une plate-forme. Sa vie, insidieusement, se réduit à son statut de super-hôte, aux commentaires élogieux qu’il reçoit. Kate Russo parvient à décrire, sans hauteur, les replis où se cachent nos dépressions : ici le confort de s’arrimer à une solution transitoire. Image redoutable et drôle de notre société.

Le roman fonctionne assez précisément sur l’illusion de pouvoir passer à autre chose. Le lecteur regarde passer les occupants de l’immense villa de Benett, une image du confort réclamé par son ex-femme. Kate Russo parvient à ne jamais insister sur la souffrance toujours à côté de chez nous. Elle lui donne toujours un visage parfaitement concret avec une vraie science de cette anecdotique qui nous déchire. L’aveuglement de Benett en sert de révélateur. Nous avons d’abord Alicia, jeune américaine qui veut revenir à Londres, sur les terres de ses études, de ses amours. Elle est désespérément seule, erre dans un Londres un peu chic et très vivant. Tragiques conséquences d’une séduction désespérée. La vie telle qu’elle va, pas très bien du tout. Le roman, pourtant, n’est jamais seulement descriptif : il me paraît touchant justement quand il effleure le motif de nos peurs, les manières dont l’art ne cesse de vouloir les transcender. Ensuite, Super Hôte nous plonge dans les névroses obsessionnelles d’Emma. Toujours avec la bonne distance, celle de l’incarnation. Elle écoute du Philipp Glass, repeint le parquet, ne supporte pas l’orientation d’un avocat dans une coupelle à fruit. Tentative désespérée de ne pas supporter la moindre fêlure. Sans doute peut-on le penser, les personnages les plus réussis de ce roman sont féminins. Benett rencontre Claire, s’en suit une fragile histoire d’amour pendant qu’il accueille Kirstie. Évocation plutôt réussie des toxiques relations masculines. Et ça marche, on se laisse prendre avec un vrai délice, simplement.


Un grand merci aux éditions de la Table Ronde pour l’envoi de ce roman.

Super Hôte, (trad Sévérine Weiss, 409 pages, 24 euros)

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