Qui gagne perd Donald Westlake

Polar d’une désinvolte drôlerie où, comme souvent chez Westlake, un homme se retrouve, malgré lui, dans une inextricable fatalité. Il se dégage de Qui gagne perd, le charme du roman noir de la vieille école, simple, sans commentaire ni morale, évident, diablement bien construit. Donald Westlake ou l’art de nous entraîner dans ses histoires tordues.

Toujours un plaisir d’évoquer Donald E Westlake. On peut faire confiance aux éditions Rivages Noir pour faire vivre leur catalogue, continuer à publier les auteurs qui ont fait les grands récits du roman noir. Si le lecteur, chanceux, ne connaît pas cet auteur majeur, nous ne saurions lui conseiller la lecture de n’importe laquelle des aventures de Dortmunder. Pour moi, Westlake reste le meilleur représentant de ce type de roman noir fondé sur l’élaboration d’un plan improbable puis sur ses drôlatiques et chaotiques mises en œuvre. Les sympathiques spirales de la fatalité. Ici, un tout petit peu à l’écart d’un réalisme sociologique, renseigné comme chez Dimitri Rouchon -Borie, l’idée de Qui perd gagne reste de nous rendre aimable un type un peu paumé, un peu seul. Il ne s’agit pas entièrement d’un éloge des dingues et des paumés mais plutôt de montrer comment la vie bascule, nous entraîne disons dans l’envers de la société. Avec un peu de prétention, on pourrait dire que le polar reste le meilleur miroir de la face caché du mythe américain, réussite et self-made men. On peut penser ici au très bon L’ange déchu d’Howard Fast.

Qui perd gagne ou la normalité en demi-teintes. On peut se demander d’ailleurs si le narrateur peu fiable, plein d’omissions et d’aveuglements, n’a pas été inventé pour les besoins de l’intrigue policière. Lire un Donald Westlake c’est se confronter, toujours avec un très grand plaisir, aux codes du genre. Chet Conway, chauffeur de taxi quand sa passion du jeu lui en laisse le temps, discrètement éloigné des pressions sociales normatives donc, tombe sur un tuyau en or : Purple Pecunia a vingt-sept contre un. Son bookmaker se fait buter, les deux clans mafieux pour lequel bossait le mort pense que Chet est responsable de ce crime. Lui il veut seulement récupérer son lien. Une fille (la belle sœur du mort) et un flingue (qui tire à gauche) et nous avons quasiment toute l’intrigue de Qui perd gagne qui bien sûr se finit sur une partie de poker. Le livre date de 1969 d’où un charme délicieusement suranné. On aime New-York sous la neige, les poursuites aux bords de l’absurde. Un pur plaisir de lecture qui donne envie de se replonger dans le reste des romans de Donald Westlake.


Un grand merci aux éditions Rivages Noir pour l’envoi de ce roman.

Qui gagne perd (trad : Jean Esch, 284 pages, 21 euros

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