Noir d’Espagne Philippe Huet

Un joli roman sur l’enthousiasme collectif, ses retombées et sur les motivations personnelles tragiques qui animent chacun des personnages de Noir d’Espagne. Au-delà de la reconstitution historique, Philippe Huet entraîne le lecteur au sein de la guerre civile espagnole dans une intrigue habillement divisée pour mieux rendre le fracas de la bataille de Madrid.

Après Une année de cendres, Philippe Huet trace sa voix dans le polar en reprenant tout ce qu’il peut avoir de populaire. On sent dans ce roman, peut-être d’ailleurs avec un peu trop d’insistance dans le dénouement absurdement meurtrier, la nécessité pour lui du témoignage direct. Sorte de plaidoyer pour un journalisme qui se confronte au terrain, tente de comprendre et s’implique, Noir d’Espagne brille surtout par ses dialogues et le sens de la camaraderie qui s’y devine. Sans doute ceux qui connaissent le sujet n’apprendront pas grand-chose sur la guerre d’Espagne. Sans doute cependant n’est-il pas inutile de rappeler le rôle de l’URSS dans la défaite espagnole, la passivité aussi des gouvernements du reste de l’Europe, le rôle aussi de la Cagoule et de leurs haines qui se recyclent comme le montrait si bien Marie Cosnay dans Comètes et perdrix.

On se laisse prendre dans ce roman qui joue tranquillement de son évidence. On pense d’ailleurs, peut-être avec une ombre d’humour en moins, au roman de Pierre Lemaître. Philippe Huet joue de trois destins parallèles qui, tous, convergent vers Madrid. On sent Noir d’Espagne pris dans une série, on attend d’ailleurs avec impatience la suite. Fidèle au Havre, tout commence sur ses quais. Manière passablement habile pour l’auteur de rappeler à quel point la France laissait la Russie s’impliquer, transiter ses livraisons d’arme sans rien voir. Le Winipeg part, à son bord Marcel Bailleul qui veut venger son père, de l’autre côté un fasciste, ridicule et hideux, fuit son crime. À cela, l’auteur ajoute un autre ancrage local, celui de la haute-bourgeoisie de commerce : Ernest Hottenberg et surtout sa fille, son amant Louis-Albert Fournier qui, lui aussi, partira couvrir les affrontements espagnols. L’idée est là, pas bien nouvelle pour le roman historique mais toujours efficace : chacun perçoit les événements sous son propre prisme, il faut multiplier les points de vue pour un peu moins mal les comprendre. Par la tension de ces intrigues alternées, l’auteur parvient à nous emporter. Le charme divertissant du polar tient aussi à la certitude de son regard social. Marcel n’a pas vraiment choisi, pour poursuivre le meurtrier, il accepte d’enquêter sur les dissidents, sur tous ceux – trotskystes, anarchistes et autres non affiliés libertaires – qui n’acceptent pas la main-mise stalinienne. Philippe Huet l’incarne dans le personnage de Marti, le boucher d’Albacete. Le POUM et la FAI sont pourchassés ; on connaît le résultat. Noir d’Espagne va parcourir tous ces groupes. L’air de rien, l’auteur montre toute l’entraide et cette belle camaraderie. Simple et humble comme seul sait l’être le polar.


Un grand merci aux éditions Rivages Noir pour l’envoi de ce roman.

Noir d’Espagne (344 pages, 20 euros)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s